Pourquoi le 1er septembre nous motive plus que le 1er janvier, selon la science

Emilie Deffains | publié le | modifié le | 8 minutes de lecture
Pourquoi le 1er septembre nous motive plus que le 1er janvier, selon la science
illustration Alexandr Podvalny
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Chaque année, c'est le même réflexe. Le 1er janvier, on se promet de changer de vie, et la motivation s'effondre en quelques semaines. Puis arrive septembre, et sans même s'en rendre compte, on rachète des cahiers qu'on n'utilisera jamais, on se dit qu'"à la rentrée, tout sera différent", et cette fois, l'élan tient un peu plus longtemps.

Ce n'est pas une impression. Des recherches, en psychologie et en économie comportementale, explique pourquoi certaines dates nous donnent vraiment plus envie de changer que d'autres, et pourquoi le 1er septembre en fait partie, parfois même davantage que le 1er janvier.

Le "fresh start effect" : une étude fondatrice, dix ans après

Le point de départ de cette recherche remonte à 2014, quand les chercheurs américains Hengchen Dai, Katherine Milkman et Jason Riis publient une étude devenue une référence sur le "fresh start effect", l'effet nouveau départ.

En analysant huit ans de recherches Google sur le mot "régime", la fréquentation d'une salle de sport universitaire et 66 000 contrats d'engagement d'objectifs, ils montrent que nos comportements bondissent après certaines dates :

+82,1 % de recherches sur les régimes en janvier par rapport à décembre, +47,1 % de fréquentation en salle de sport au début d'un semestre universitaire, +7,5 % après un simple anniversaire.

Ce que ces dates ont en commun, ce sont des "repères temporels" ("temporal landmarks") qui rompent la continuité du quotidien et créent une frontière nette entre un avant et un après : elles nous aident à mettre nos erreurs passées derrière nous et nous font sortir, quelques jours, du mode gestion du quotidien pour réfléchir à nos objectifs de vie.
(L’effet nouveau départ : les repères temporels motivent les comportements ambitieux)

Une deuxième étude des mêmes chercheurs, publiée en 2015, affine ce constat : une date n'a ce pouvoir que si elle est perçue comme un vrai nouveau départ. Présentée comme "le premier jour du printemps", une date motive nettement plus que la même date présentée comme "le troisième jeudi de mars", pourtant identique au jour près.

Ce n'est donc pas le calendrier en soi qui agit, mais le sens qu'on lui donne. (Laissez vos imperfections derrière vous : les repères temporels stimulent le lancement d’objectifs lorsqu’ils signalent de nouveaux départs)

Une histoire qu'on se raconte à soi-même

Dans une interview vidéo plus récente, Katherine Milkman revient sur ce mécanisme : nous avons tendance à découper notre vie en périodes, une année, un mois, une semaine, un semestre, un anniversaire, et à chaque nouvelle période, à nous sentir psychologiquement autorisés à laisser nos échecs passés derrière nous.

C'est ce réflexe qu'on retrouve dans des phrases qu'on se dit sans même y penser :

- « À partir de lundi, je fais du sport. »
- « À partir du 1er janvier, je mange mieux. »
- « À la rentrée, je vais vraiment travailler régulièrement. »
- « Après mon anniversaire, je vais changer certaines choses. »

Le lundi, le 1er janvier ou le 1er septembre n'ont, bien sûr, aucune propriété magique. Ce qui agit, c'est la façon dont on se raconte sa propre histoire à ce moment-là :

« c'était l'ancien moi, maintenant je recommence ».

Cette phrase, en apparence anodine, permet de prendre de la distance avec les erreurs passées et de regarder sa vie dans son ensemble plutôt que de rester focalisé sur les difficultés immédiates.

Certains événements temporels, comme le début d'année, début de semaine, anniversaire, rentrée universitaire, etc., peuvent augmenter les comportements visant à atteindre des objectifs et à prendre un nouveau départ.

Ce qu'une étude de 2025 vient nuancer

La recherche a continué d'avancer depuis 2014, et elle invite à nuancer l'idée d'un simple "coup de baguette magique" du calendrier.

En 2025, Marina Milyavskaya et son équipe de l'Université Carleton ont étudié pendant six mois des objectifs fixés en janvier et en mars. Ils se posent la question : la période de l’année et l’ancienneté de l’objectif influencent-elles la perception de celui-ci ?

Résultat : au moment de leur formulation, ces objectifs ne diffèrent presque pas selon la période de l'année. Ce qui diffère nettement, en revanche, c'est leur trajectoire de progression : les objectifs de nouvel an suivent une accélération rapide suivie d'un plateau puis d'un déclin, alors que ceux fixés à un autre moment progressent de façon plus plate et régulière.

Un repère temporel ne change donc pas la qualité de l'objectif qu'on se fixe, mais le rythme avec lequel on s'y accroche, un rythme qui retombe presque toujours après quelques semaines.
(Cette étude ne porte pas sur la rentrée elle-même, une limite que ses auteurs reconnaissent, mais elle éclaire un mécanisme qui s'applique probablement tout autant à elle.)

Ce qui rend septembre particulièrement puissant

La rentrée de septembre n'est pas une date neutre : c'est un repère collectif, chargé depuis l'enfance d'une signification de recommencement, renforcé chaque année par un vrai changement de rythme.

Interrogé en janvier 2025 par la RTBF sur ce mécanisme, le professeur français Olivier Sibony, spécialiste de la prise de décision, cite justement la rentrée de septembre et la date d'anniversaire comme des repères tout aussi efficaces que le nouvel an, à condition qu'ils restent symboliquement forts pour la personne concernée.

Ce qui distingue septembre du 1er janvier, c'est que ce repère ne repose pas seulement sur une croyance individuelle : il est visible partout, en même temps, autour de nous.

Les rayons des magasins se remplissent de cahiers et de fournitures, la presse parle de "rentrée littéraire" ou de "rentrée politique", les associations sportives rouvrent leurs inscriptions, les entreprises relancent leurs projets suspendus l'été.

Une personne qui veut se remettre à courir, reprendre une formation ou réorganiser ses semaines de travail n'a donc pas besoin de se convaincre seule que "c'est le moment" : tout son environnement le lui confirme en même temps, ce qui rend le nouveau départ plus facile à croire qu'un 1er janvier vécu, lui, de façon largement individuelle et un peu isolée après les fêtes.

Cette force a aussi des racines historiques propres à la France :la rentrée scolaire de septembre trouve son origine dans le calendrier agricole, où les enfants participaient aux récoltes d'été et ne rejoignaient l'école qu'une fois celles-ci achevées, ainsi que dans le calendrier des premières institutions éducatives, souvent monastiques.

Longtemps variable, cette date s'est standardisée progressivement en Europe, jusqu'à devenir le repère collectif qu'elle est aujourd'hui, bien au-delà du monde scolaire.


Ce que ça change concrètement

Cette recherche, ancienne et récente, ne dit pas que la motivation de rentrée est illusoire. Elle explique pourquoi elle est réelle, et surtout comment en tenir compte sans se décourager en cours de route.

On ne découvre pas de terre nouvelle sans consentir à perdre de vue, d'abord et longtemps tout rivage.
André Gide
Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas.
Lao-Tseu

Mieux vaut se fixer un objectif précis et personnellement significatif plutôt qu'une résolution vague, et anticiper le ralentissement plutôt que de le vivre comme un échec personnel.

Le 1er septembre n'a rien de magique en soi, mais le sens qu'on choisit de lui donner, et la façon dont on prépare la suite, font une vraie différence.

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Katherine L Milkman
Emilie Deffains

Curieuse et dynamique, après 20 années dans le secteur du commerce, une reconversion professionnelle et une formation, je participe aujourd'hui à l'animation de ce site. J'aime le sport et partager ces moments avec mes enfants dans leurs activités sportives. J'apprécie cuisiner et je suis plutôt pour le fait maison . Je lis occasionnellement et je découvre actuellement le plaisir de jouer aux jeux de sociétés! Pour moi, chaque changement est... (lire la suite...)

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