Refouler ses émotions ne les fait pas disparaître, voici ce qu'elles deviennent selon le psychiatre Christophe André

Refouler ses émotions ne les fait pas disparaître : voici ce qu'elles deviennent
Ce que devient une émotion qu'on refuse de sentir
Une émotion refoulée ne disparaît pas : elle change simplement de forme et ressort ailleurs, souvent là où on ne l'attend pas.
- La colère non exprimée se transforme rarement en calme. Elle devient de l'irritabilité qui explose pour un détail sans rapport, du sarcasme, ou une distance froide envers les autres. La fameuse attitude passive-agressive. On se dit "excédé par rien", alors qu'on porte en réalité une colère jamais exprimée.
- La tristesse mise de côté ne disparaît pas non plus. Elle s'installe en fond, sous forme de fatigue qui ne passe pas malgré le repos, de vide difficile à nommer, ou d'une perte d'élan pour des choses qu'on aimait avant. On croit "aller bien", alors qu'on a simplement arrêté d'éprouver des sentiments.
- La peur ignorée se déplace souvent vers le corps : tensions dans la nuque ou les épaules, troubles du sommeil, mâchoire serrée, voire crises d'angoisse qui semblent surgir "de nulle part". Le corps garde en mémoire ce que l'esprit a refusé d'écouter.
À plus long terme, ce cumul d'émotions non digérées peut aussi fragiliser les relations : difficulté à faire confiance, sentiment de devoir jouer un rôle avec ses proches, ou impression de ne plus vraiment se connaître soi-même.
Une émotion refoulée n'est pas une émotion réglée
La psychologie distingue deux comportements qui se ressemblent mais qui n'ont rien à voir :- réguler ses émotions : accueillir ce que l'on ressent, lui donner un nom, puis choisir comment y répondre
- refouler ses émotions : empêcher l'émotion d'accéder à la conscience, souvent par automatisme, pour ne pas avoir à la regarder en face
Le problème, c'est que le corps et l'esprit gardent la trace de ce qui n'a pas été résolu. Des décennies de recherche en psychologie montrent qu'une émotion non exprimée ne s'évapore pas : elle se déplace, comme on l'a vu plus haut. On croit avoir tourné la page, alors qu'on l'a seulement refermée sans la lire.
Respecter les émotions d'un enfant, c'est lui permettre de sentir qui il est, de prendre conscience de lui-même ici et maintenant.
Isabelle Filliozat
La psychothérapeute Isabelle Filliozat, spécialiste de l'intelligence émotionnelle, va dans ce sens : pour elle, la plupart d'entre nous portons encore des émotions d'enfance jamais vraiment digérées, faute d'avoir été suffisamment accompagnés pour apprendre à les reconnaître plutôt qu'à les enfouir. Elle explique que l’intelligence émotionnelle n’est pas innée dans une interview en 2019.

Pourquoi on apprend à refouler ses émotions ?
Personne ne naît en refoulant ses émotions, on l'apprend. Un enfant qui pleure trop, qui se met en colère, qui a "trop" de sentiments, comprend parfois que ses émotions dérangent. Il apprend alors à les faire taire pour être accepté. Ce réflexe, utile pour survivre à certaines situations, devient un automatisme qu'on traîne à l'âge adulte.
Isabelle Filliozat le rappelle souvent dans ses interventions : tant qu'on n'a pas été aidé, enfant, à traverser ses émotions plutôt qu'à les taire, on répète à l'âge adulte, puis avec ses propres enfants, ce même réflexe de mise à distance.
Nos enfants sont porteurs de nos dettes, dettes dans le sens de dynamique non résolue, de ce que nous avons mal vécu et qui est refoulé en nous.
Françoise Dolto
Le refoulement peut aussi venir d'un besoin de contrôle : dans une société qui valorise la performance et la maîtrise de soi, montrer ses émotions ressemble à une faiblesse. Or c'est souvent l'inverse. Nommer ce que l'on ressent demande davantage de lucidité que de le fuir.
A lire : Ces phrases qui prouvent que l’intelligence émotionnelle est une vraie puissance
Ce que les émotions cherchent à dire
Une émotion n'est pas un problème à éliminer, c'est un message à décoder :
- la tristesse signale une perte.
-la colère indique qu'une limite a été franchie.
- la peur prévient d'un danger, réel ou anticipé.
Même les émotions les plus inconfortables ont une fonction : elles orientent nos décisions et protègent ce qui compte pour nous.
Les troubles émotionnels sont des désordres chroniques avec lesquels il faut composer tout au long de l'existence.
Christophe André
Le psychiatre Christophe André, l'un des français le plus reconnu sur le sujet, résume bien cet équilibre à trouver : les émotions sont d'utiles signaux d'alarme, mais une fois leur message reçu, mieux vaut ne pas les laisser diriger durablement nos existences.
Autrement dit, elles sont de bons serviteurs, mais de mauvais maîtres. Écouter une émotion, ce n'est donc pas s'y noyer ni la refouler : c'est lui laisser le temps de nous informer, avant de décider, en pleine conscience, quoi en faire. ("Peut-on gérer ses émotions ?", Sciences Humaines Magazine - 2018)
Comment apprendre à accueillir ses émotions plutôt qu'à les fuir
Il existe des gestes simples pour sortir du réflexe de refoulement, sans pour autant se laisser submerger :- Nommer ce qui se passe : mettre un mot précis sur ce que l'on ressent : frustration, déception, soulagement, réduit déjà l'intensité de l'émotion. Le cerveau traite différemment ce qui est identifié et ce qui reste flou.
- Accepter la présence de l'émotion, sans jugement : ressentir de la colère ou de la tristesse n'est ni bien ni mal, c'est une information. Le jugement que l'on porte sur son propre ressenti ("je ne devrais pas être triste pour si peu") ajoute une souffrance inutile.
- Laisser un espace pour l'exprimer : écrire, parler à quelqu'un de confiance, bouger le corps : autant de façons de laisser sortir ce qui reste comprimé. L'émotion a besoin d'un chemin de sortie, pas d'un couvercle.
- Différencier ressentir et agir : on peut ressentir une émotion intense sans agir sous son emprise. Prendre le temps de la laisser passer avant de répondre évite bien des mots ou des décisions que l'on regrette ensuite.
Se réconcilier avec ce que l'on ressent
Refouler ses émotions donne l'illusion de reprendre le contrôle. En réalité, cela revient à remettre à plus tard un travail qui, tôt ou tard, réclame d'être fait. Apprendre à accueillir ce que l'on ressent, même l'inconfortable, n'est pas un signe de fragilité : c'est une manière plus honnête, et finalement plus durable, de traverser la vie.Ce que l'on refuse de sentir ne s'efface jamais vraiment, il attend simplement le bon moment pour se rappeler à nous.
La théorie du refoulement de Freud va dans ce sens : les désirs, souvenirs ou émotions jugés inacceptables peuvent être refoulés dans l'inconscient et réapparaître indirectement sous forme de symptômes (anxiété, phobies, rêves, lapsus, comportements répétitifs...).
Les émotions que l'on n'exprime pas ne meurent pas. Elles sont enterrées vivantes et reviennent nous hanter plus tard sous une autre apparence.
Sigmund Freud

Curieuse et dynamique, après 20 années dans le secteur du commerce, une reconversion professionnelle et une formation, je participe aujourd'hui à l'animation de ce site. J'aime le sport et partager ces moments avec mes enfants dans leurs activités sportives. J'apprécie cuisiner et je suis plutôt pour le fait maison . Je lis occasionnellement et je découvre actuellement le plaisir de jouer aux jeux de sociétés! Pour moi, chaque changement est... (lire la suite...)




