Pourquoi on est plus heureux avant les vacances que pendant, selon la science

Ce n'est pas une impression. C'est un mécanisme psychologique bien connu, et même les philosophes antiques l'avaient repéré, à leur façon, il y a deux mille ans.
Ce que dit la science : le bonheur arrive avant le départ en vacances
Le chercheur néerlandais Jeroen Nawijn, a posé les bases de cette recherche dès 2010 : son constat était que la dose de bonheur la plus forte se situe avant le départ, jusqu'à huit semaines en amont. Une fois rentré, l'effet positif des vacances s'efface presque immédiatement, et on revient vite à son niveau de bonheur habituel. Les vacanciers sont plus heureux, mais la plupart ne le sont pas après des vacancesUne autre étude de Xiang Wei et Emily Ma b (2016), menée auprès de plus de 72 000 personnes, confirme et prolonge ce constat : l'anticipation d'un voyage procure davantage de bien-être que le souvenir du voyage lui-même. Ce n'est pas tant le voyage passé qui rend les gens plus heureux, mais l'idée du prochain voyage. (L’anticipation du voyage comme catalyseur de bonheur : les données démographiques ont-elles une importance ?)
Autrement dit : rêver de ses vacances n'est pas une simple distraction avant le vrai bonheur. C'est déjà une partie du bonheur lui-même.
Sénèque l'avait pressenti... mais pour se méfier de cette attente
Ce qui est intéressant, c'est que ce phénomène d'anticipation n'a rien de nouveau. Sénèque, philosophe romain, écrivait déjà au premier siècle :Le plus grand obstacle à la vie est l'attente, qui espère demain et néglige aujourd'hui.
Sénèque
Dans son traité De la brièveté de la vie, il critique justement cette tendance à vivre tourné vers le futur, en remettant sans cesse son bonheur à plus tard, au point d'en oublier le présent. Pour lui, c'est un piège : on passe sa vie à se dire « un jour, je me reposerai », sans jamais vraiment profiter de l'instant.
Sénèque n'avait évidemment pas accès aux études sur la dopamine. Mais il avait identifié, avec ses mots, le même mécanisme que la science observe aujourd'hui : nous nous projetons constamment vers l'avenir. Sa conclusion était négative : il y voyait une fuite du présent.
Les chercheurs actuels nuancent ce jugement : tout dépend de la nature de cette attente. Anticiper un événement amplifie l'émotion qu'on va ressentir, que cet événement soit agréable (des vacances) ou désagréable (un licenciement). L'attente n'est donc ni bonne ni mauvaise : elle agit comme un amplificateur. Imaginer ses vacances avec plaisir nourrit une émotion positive réelle. Redouter une échéance produit l'effet inverse.
La nuance entre Sénèque et la science d'aujourd'hui tient là : ce n'est pas l'attente elle-même qui pose problème, mais l'attente anxieuse, celle qui nous empêche de vivre le présent.
L'attente joyeuse et choisie est une vraie ressource.
L'attente est en proportion du bonheur qu'elle prépare.
Michel Dupuy

Comment transformer cette attente des vacances en bonheur réel ?
Quelques conseils concrets qui découlent directement de ces études :- planifiez vos vacances à l'avance : plus la phase d'anticipation est longue, plus elle génère de bien-être. Réserver deux ou trois mois avant n'est pas qu'une question d'organisation : c'est déjà du bonheur.
- parlez-en, projetez-vous : regarder des photos du lieu, en discuter avec son entourage, préparer un itinéraire : tout cela prolonge et renforce le plaisir anticipé.
- multipliez les petites attentes plutôt qu'une seule grande.Nawijn le souligne : comme l'effet positif des vacances retombe vite au retour, il est souvent plus rentable, en bonheur, de prendre plusieurs courtes pauses dans l'année plutôt qu'une seule longue coupure.
Et après les vacances, le coup de blues ?
Si l'euphorie retombe vite au retour, ne soyez pas déçu, c'était prévu ! Le pic de bonheur était dans l'anticipation, il est inutile de culpabiliser parce que le quotidien reprend son court plus vite qu'on ne l'aurait voulu.Une piste, là encore inspirée de Sénèque : si l'attente du futur nous a fait du bien avant le départ, c'est en revenant pleinement au présent qu'on profite le mieux de ce qu'on a vécu en vacances. Garder une photo, un souvenir précis, une habitude prise en vacances (se lever tôt pour marcher, lire chaque soir) permet de prolonger un peu cette parenthèse, sans attendre les prochaines vacances pour être heureux.
Rêver de ses vacances n'est pas du temps perdu avant le vrai plaisir. C'est une part entière du voyage, à condition de ne pas, comme le craignait Sénèque, en faire une excuse pour ne jamais vivre le présent.
Rêver c'est le bonheur, attendre c'est la vie.
Victor Hugo

Curieuse et dynamique, après 20 années dans le secteur du commerce, une reconversion professionnelle et une formation, je participe aujourd'hui à l'animation de ce site. J'aime le sport et partager ces moments avec mes enfants dans leurs activités sportives. J'apprécie cuisiner et je suis plutôt pour le fait maison . Je lis occasionnellement et je découvre actuellement le plaisir de jouer aux jeux de sociétés! Pour moi, chaque changement est... (lire la suite...)



