Ces 10 pensées qui envahissent les hypersensibles la nuit (et comment la psychologie les explique)

Christophe Hilmoine | publié le | modifié le | 7 minutes de lecture
Ces 10 pensées qui envahissent les hypersensibles la nuit (et comment la psychologie les explique)
illustration cottonbro studio sur pexels.com
Il est minuit. Tout le monde dort. Vous, vous rejouez la conversation de ce matin, vous calculez si vous avez blessé quelqu'un sans le vouloir, et vous vous demandez si votre vie a le bon sens. Bienvenue dans la nuit d'un hypersensible, là où chaque petit détail de la journée repasse en boucle, amplifié, coloré, impossible à mettre en sourdine.
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Pourquoi les hypersensibles ruminent-ils autant la nuit ?

La nuit, le cerveau hypersensible se retrouve sans les stimuli extérieurs qui occupaient sa journée.

Résultat : il tourne sur lui-même.

Attention, si vous êtes allergiques aux sources scientifiques, là ça va piquer un peu. J'ai essayé de comprendre, en lisant quelques articles, tels que :


Et voici ce qui en ressort :

Sur le plan neurobiologique, le thalamus, cette structure qui filtre en permanence les informations sensorielles, relâche progressivement son contrôle à mesure qu'on s'endort.

Le "noyau réticulaire thalamique" augmente progressivement l'inhibition qu'il exerce sur les cellules de relais thalamocorticales, de l'éveil passif jusqu'au sommeil profond, agissant ainsi comme un gardien qui referme la porte sensorielle selon l'état de vigilance. Chez les personnes à traitement sensoriel profond (le mécanisme central de l'hypersensibilité), ce relâchement libère d'un coup tout un flux de pensées restées non traitées pendant la journée.

Comme si le cerveau, enfin débarrassé du bruit extérieur, se mettait à trier dans l'urgence tout ce qu'il avait mis de côté quelques heures plus tôt. S'ajoute à cela un niveau de cortisol souvent plus élevé chez ces profils : le stress s'installe, et avec lui, les pensées intrusives prennent toute la place, juste au moment où le corps aurait le plus besoin de lâcher prise.

10 pensées qui envahissent les hypersensibles la nuit

Chercher à trouver le sommeil, mais être interrompu par son foutu cerveau, je connais. Avec ma femme, on appelle ça notre "hamster", qui tourne dans sa roue en continu.

Un jour j'ai trouvé un proverbe qui illustre parfaitement cela, je trouve :

Le jour est le père du labeur et la nuit est la mère des pensées.
Proverbe italien

Les pensées qui rejouent la journée en boucle

Le soir venu, le cerveau hypersensible n'appuie pas sur « pause ». Il appuie sur « rewind ».

Ces pensées-là sont les premières à surgir, souvent dès que la tête touche l'oreiller :

  • « Est-ce que j'ai dit quelque chose de maladroit ce matin ? Je n'arrête pas d'y repenser. »
  • « Elle avait l'air bizarre quand je lui ai dit ça. Je suis sûr(e) qu'elle est fâchée contre moi. »
  • « Pourquoi j'ai répondu ça ? J'aurais dû dire autre chose. »
J'aime bien aussi cette citation qui montre à quel point nos pensées la nuit ne pas tout à fait lucides, à tel point qu'on les trouve ridicules au réveil :
Elles sont bien noires, les pensées des nuits blanches.
Edmond et Jules de Goncourt

Les pensées qui anticipent ce qui n'est pas encore arrivé

L'hypersensibilité ne se limite pas au passé : elle projette aussi vers demain, avec une précision redoutable et souvent peu rassurante. Ces pensées arrivent quand la fatigue est là, mais le sommeil, lui, ne vient pas encore :

  • « Et si ça se passe mal demain ? Je ne serai pas à la hauteur. »
  • « Je n'ai pas fini ce truc. Tout le monde va le remarquer. »
  • « Qu'est-ce qui se passerait si je prenais une mauvaise décision ? »
Les pensées peuvent vivre longtemps comme les nébuleuses qu'un rien, un jour, cristallise.
Pierre Dehaye

Les pensées qui questionnent le sens de tout

Vers 2h du matin, quand la fatigue dépasse la raison, les hypersensibles ont tendance à passer aux grandes questions. Pas par goût du drama : parce que leur cerveau cherche du sens partout, tout le temps.

  • « Est-ce que ce que je fais compte vraiment pour quelqu'un ? »
  • « Je ressens tout tellement fort. Pourquoi les autres semblent ne pas être affectés comme moi ? »

Les grands sensibles se sentent souvent différents et à fleur de peau, comme l'a bien illustré l'illustre écrivain :
Il est vrai que je suis doué d’une sensibilité absurde ; ce qui érafle les autres me déchire.
Gustave Flaubert

Les pensées liées aux émotions non digérées de la journée

Une remarque anodine, un film regardé le soir, une dispute évitée au bureau : tout ça reste en suspens. Les hypersensibles absorbent les émotions des autres sans toujours s'en rendre compte sur le moment. La nuit, ces émotions remontent.

  • « Je ne sais même pas pourquoi je me sens triste là. Je n'ai pourtant rien de grave. »
  • « Cette scène du film me reste dans la tête. Je n'arrive pas à m'en détacher. »
L'hypersensible semble parfois tellement perdu, tellement troublé, qu'il, elle, donne l'impression d'être à côté de son humanité. On est surpris de son étrangeté, elle peut même faire peur. Il faut regarder au-delà des apparences.
Fabrice Midal

La nuance à connaître au sujet de la rumination

Il y a une différence importante entre rumination nocturne et pensée réflexive.

La rumination tourne en rond sans déboucher sur quoi que ce soit de constructif : elle rejoue, elle anticipe, elle amplifie.

La pensée réflexive, elle, traite et intègre. Les nuits agitées des hypersensibles ne sont pas toutes de la rumination pure : une partie de ce travail nocturne est en fait du traitement émotionnel profond, une des caractéristiques centrales de l'hypersensibilité selon la psychologue Elaine Aron.

Le problème, c'est que ce traitement se fait souvent dans un état de manque de sommeil qui, selon les recherches en neurosciences, favorise justement les pensées intrusives et réduit la capacité à les réguler. Un cercle vicieux, mais un cercle que l'on peut apprendre à interrompre.


Ce que ça change de le savoir

Comprendre que ces pensées nocturnes ne sont pas un signe de fragilité, mais le résultat d'un traitement sensoriel et émotionnel plus intense que la moyenne, change quelque chose. Ça ne les fait pas disparaître d'un coup, mais ça permet de les accueillir différemment. Moins comme une anomalie à corriger, plus comme un signal à écouter.

Et parfois, juste nommer la pensée à voix haute ou par écrit suffit à lui retirer un peu de son emprise sur la nuit.

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Christophe Hilmoine

Je suis un passionné de culture, de littérature, de cinéma, d'art, d'environnement, de jeux de société,... oui, tout ça. J'adore m'étaler des heures sur ces sujets. J'écris moi-même un peu, de la poésie, et je peins à mes heures perdues. Je suis consultant web et rédacteur indépendant depuis plus de 20 ans, et j'ai la chance d'être en partenariat avec Ouest France pour éditer ce site que j'espère joli, moderne... (lire la suite...)

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