Ne vis pas pour que ta présence se remarque : ce que cette phrase et la science disent de ceux qui comptent vraiment

Emilie Deffains | publié le | modifié le | 8 minutes de lecture
Ne vis pas pour que ta présence se remarque : ce que cette phrase et la science disent de ceux qui comptent vraiment
illustration Gaurav Bagdi
Il y a des gens qu'on remarque tout de suite. Et il y a ceux dont on mesure la place seulement le jour où ils ne sont plus là. Une phrase souvent attribuée à Bob Marley résume cette différence et dit quelque chose de juste : ce qu'on laisse aux autres compte plus que ce qu'on leur montre. Pourtant à une époque où tout pousse à se montrer (likes, followers, prise de parole permanente), l'idée peut sembler à contre-courant.
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Plutôt que de consacrer son énergie à attirer l'attention, il s'agit de tisser des liens si sincères, si chaleureux, que leur disparition crée un manque réel. La différence entre ces deux postures dit beaucoup sur ce que nous voulons vraiment laisser derrière nous.


Remarqué ou regretté : deux façons très différentes d'exister

Il y a ceux qu'on voit, et ceux qui comptent vraiment. Ce n'est pas la même chose. On peut remplir une pièce de sa voix, monopoliser les conversations, soigner son image à la perfection... et pourtant passer sans laisser de trace durable.

À l'inverse, certaines personnes agissent dans la discrétion, sans chercher les projecteurs, et leur absence, le jour où elle survient, ressemble à une petite catastrophe.

Ne vis pas pour que ta présence se remarque, mais pour que ton absence se ressente.
Bob Marley

Cette phrase devenue culte et souvent attribuée à Bob Marley touche à quelque chose d'essentiel : la valeur d'une présence se mesure au regard de son absence.

Ce n'est pas ce que les autres ont vu de vous qui reste, c'est ce qu'ils ont ressenti grâce à vous.

Les regrets de fin de vie vont dans le même sens. L'infirmière australienne Bronnie Ware a accompagné pendant plusieurs années des patients en soins palliatifs. Elle a noté ce qu'ils regrettaient le plus et en a tiré un livre, Les 5 regrets des personnes en fin de vie.

L'un des plus fréquents : « J'aurais aimé garder le contact avec mes amis. » Aucun de ces patients ne regrettait de ne pas avoir été assez vu. Beaucoup regrettaient de ne pas avoir été assez présents.

La science confirme cette intuition. Depuis 1938, l'étude de Harvard sur le développement adulte suit des centaines de personnes tout au long de leur vie. Sa conclusion principale : la qualité de nos relations est ce qui prédit le mieux notre bonheur et notre santé en vieillissant, loin devant la réussite ou la reconnaissance.

Nous revenons plus en détail sur cette étude dans notre article : Ces 6 secrets du bonheur vont transformer votre quotidien et vous faire voir la vie autrement

La notoriété ne fait pas le manque

Georges Wolinski, avec son humour ironique habituel, faisait la même distinction à sa façon :

La notoriété c'est lorsqu'on remarque votre présence, la célébrité c'est lorsqu'on note votre absence.
Georges Wolinski

Être célèbre, au sens profond du terme, ce n'est pas être partout sur les écrans. C'est être quelqu'un dont l'absence modifie le quotidien des autres.

Ce glissement de sens est assez révélateur de ce que nous confondons souvent : la notoriété est une affaire d'image, la vraiecélébrité est une affaire de liens.

L'ego, cet écran entre soi et les autres

Parfois, ce qui nous empêche de créer ces liens sincères, c'est le bruit que nous faisons nous-mêmes. Et ce bruit est souvent inutile, car les autres nous remarquent beaucoup moins qu'on le croit.

En 2000, le psychologue Thomas Gilovich a demandé à des étudiants d'entrer dans une salle avec un t-shirt jugé embarrassant, à l'effigie du chanteur Barry Manilow.

Ils pensaient qu'environ la moitié des personnes présentes l'avaient remarqué. En réalité, c'était à peu près une sur quatre. Les psychologues appellent ça « l'effet projecteur » : on se croit bien plus observé qu'on ne l'est. (L’effet projecteur dans le jugement social)

Pourquoi est-ce si difficile de se taire ? En 2012, deux chercheurs de Harvard, Diana Tamir et Jason Mitchell, ont montré que parler de soi active les zones du cerveau liées au plaisir. Des participants acceptaient même de gagner moins d'argent pour pouvoir continuer à parler d'eux.

Le Dr Guy Farjon, médecin généraliste parisien qui se consacre à la recherche théorique en neurosciences et en médecine des systèmes, l'exprime ainsi :

Le vacarme de l'ego ne permet plus à la paix d'entendre la douce mélodie de la raison.
Dr Guy Farjon

Quand on est trop occupé à gérer son image, à surveiller ce que les autres pensent de soi, il reste peu de place pour vraiment écouter, donner, créer du lien. L'ego est un mauvais stratège de la mémoire collective.

Un seul être manque, et tout change

Lamartine l'avait déjà compris au XIXe siècle, et ses mots n'ont pas pris une ride :

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé.
Alphonse de Lamartine

Cette phrase, tirée du poème "L'Isolement", dit ce que signifie compter pour quelqu'un. Pas besoin d'être célèbre, pas besoin de briller en société. Il suffit d'avoir été sincèrement là, à un moment donné, pour que votre absence crée un vrai silence.


Être là vraiment, plutôt qu'être vu

Ce que ces voix très différentes ont en commun, c'est une même conviction : la qualité d'une présence se construit dans la sincérité, pas dans la visibilité. Agir avec bonté, écouter vraiment, être là sans calcul... voilà ce qui transforme une simple existence en quelque chose qui dure.

Concrètement, cela passe rarement par de grands gestes. Ce sont souvent des choses simples, qu'on ne remarque pas sur le moment :

  • appeler quelqu'un sans raison particulière, juste pour prendre des nouvelles ;
  • poser son téléphone pendant une conversation ;
  • se souvenir d'un détail qu'on vous a confié, et y revenir quelques semaines plus tard ;
  • être là dans les moments difficiles, pas seulement dans les bons.


Ces gestes passent souvent inaperçus. Pourtant, ce sont eux qu'on raconte des années plus tard, quand on parle de quelqu'un qui nous manque.

Sondage : selon vous, qu'est-ce qui fait qu'une personne nous manque vraiment ?

Voici un petit sondage rapide. Répondez spontanément, et découvrez les réponses des internautes, en pourcentage.

  • Elle savait écouter
  • Elle était là dans les moments difficiles
  • Elle nous faisait rire
  • Elle prenait des nouvelles sans raison
  • Elle nous faisait nous sentir important

Rien n'oblige pour autant à s'effacer. On peut aimer la lumière, prendre la parole, être visible, et compter énormément pour les autres. La question n'est pas de se cacher, mais de savoir pour qui l'on agit. Une question à se poser de temps en temps : est-ce que je cherche à être vu, ou à être utile à quelqu'un ?

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Emilie Deffains

Curieuse et dynamique, après 20 années dans le secteur du commerce, une reconversion professionnelle et une formation, je participe aujourd'hui à l'animation de ce site. J'aime le sport et partager ces moments avec mes enfants dans leurs activités sportives. J'apprécie cuisiner et je suis plutôt pour le fait maison . Je lis occasionnellement et je découvre actuellement le plaisir de jouer aux jeux de sociétés! Pour moi, chaque changement est... (lire la suite...)

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