Se contenter de peu n'est pas se résigner, c'est une leçon vieille de deux mille ans, selon Sénèque

Emilie Deffains | publié le | modifié le | 6 minutes de lecture
Se contenter de peu n'est pas se résigner, c'est une leçon vieille de deux mille ans, selon Sénèque
illustration Andrea Piacquadio
On confond souvent "se contenter de peu" avec "se résigner". Les deux n'ont pourtant rien à voir. La résignation, c'est accepter ce qui reste quand on a perdu l'espoir d'avoir plus. Le contentement choisit ce qui compte déjà et s'arrête là.
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C'est cette nuance que les philosophes stoïciens ou épicuriens avaient déjà repérée il y a deux mille ans, et qu'une partie de la psychologie contemporaine redécouvre aujourd'hui sous d'autres mots : sobriété heureuse, minimalisme, satisfaction subjective. Le vocabulaire change, l'idée reste : le bonheur ne dépend pas de ce qu'on possède, mais de l'écart entre ce qu'on a et ce qu'on désire.

Savoir se contenter de peu : la leçon que les philosophes n'ont jamais cessé de répéter


Savoir se contenter de peu : une idée ancienne, jamais démodée

Celui qui ne sait pas se contenter de peu ne sera jamais content de rien.
Epicure

Cette citation d'Épicure signifie que le vrai problème n'est jamais la quantité qu'on possède, mais notre capacité (ou incapacité) à être satisfait. Si l'on ne sait pas apprécier ce qu'on a déjà, aucune accumulation, même infinie, ne comblera jamais ce manque.
Le pauvre n'est pas celui qui a peu, mais celui qui en veut toujours plus.
Sénèque

Sénèque, dans ses lettres à Lucilius, allait dans le même sens en observant que ce n'est pas celui qui a peu, mais celui qui désire davantage, qui est pauvre. Chez les penseurs taoïstes, on retrouve une intuition très proche : celui qui sait qu'il a assez sera toujours riche.

Savoir se contenter de ce que l'on a : c'est être riche.
Lao-Tseu

Ce qui frappe, en relisant ces phrases, c'est qu'ils ne voient pas la pauvreté comme une vertu. Ils pointent un mécanisme psychologique très simple : plus on veut satisfaire des désirs, plus on s'éloigne du bonheur.

Se contenter de peu, ce n'est donc pas avoir moins d'exigence sur sa vie. C'est refuser de se laisser influencer par nos désirs.

La psychologie confirme que s'en tenir à ce qu'on a est source de bien-être

Les travaux sur l'adaptation hédonique : ce phénomène par lequel on s'habitue très vite à un nouveau confort, une nouvelle possession, un nouveau statut, donnent raison aux stoïciens sur un point précis : le plaisir lié à l'acquisition s'estompe toujours plus vite qu'on ne l'imagine.

Une augmentation de salaire, un objet longtemps désiré, un déménagement rêvé : le bonheur qu'ils procurent retombe en quelques semaines à un niveau proche de celui d'avant. Ce mécanisme est naturel et il peut avoir un avantage : nous remettre des épreuves difficiles. En revanche, il peut nous pousser à croire que le bonheur se trouve toujours dans "la prochaine réussite", ce qui crée une insatisfaction permanente.

À l'inverse, les recherches sur la gratitude montrent qu'un exercice aussi simple que noter chaque soir trois choses dont on est satisfait suffit à augmenter durablement le sentiment de bien-être. Le mécanisme est le même que celui décrit par les Anciens, formulé autrement : on ne devient pas heureux en obtenant plus, mais en remarquant ce qu'on a déjà.

Quand nous sommes capables de reconnaitre cette abondance de petits et grands cadeaux du quotidien, la vie devient fête.
Robert A. Emmons

Robert Emmons, professeur de psychologie de l’Université de Californie et chercheur spécialiste de la gratitude, veut dire que le bonheur ne dépend pas de grandes choses exceptionnelles, mais de notre capacité à remarquer les petites choses positives déjà présentes dans notre quotidien (un café partagé, un sourire, un moment de calme). En cultivant cette attention à ce qui va bien, on transforme la vie ordinaire en une source de satisfaction, comme une fête permanente plutôt qu'un événement rare.

A lire : Simplicité volontaire : le guide pour désencombrer sa vie et son esprit

Se contenter de peu, concrètement

Cette philosophie n'a d'intérêt que si elle se traduit en gestes simples. Voici ce qu'elle suppose au quotidien :
  • distinguer besoin et désir. Avant un achat, une décision, une comparaison avec autrui, se demander honnêtement : est-ce que j'en ai besoin, ou est-ce que je le désire parce que quelqu'un d'autre l'a ?
  • arrêter de se comparer aux autres. Les réseaux sociaux montrent des vies mises en scène. S'y comparer revient à mesurer sa réalité à la fiction de quelqu'un d'autre, un jeu perdu d'avance.
  • nommer ce qui va déjà bien. Parce que l'attention qu'on porte à ce qui fonctionne renforce mécaniquement le sentiment d'avoir assez.
  • accepter que "assez" soit une décision, pas un seuil objectif. Il n'existe pas de montant, de statut ou de possession qui déclenche automatiquement le sentiment de suffisance. C'est une ligne que chacun trace pour soi et qu'il peut retracer à tout moment.

Une vie avec moins de besoin : plus de liberté

Se contenter de peu est souvent la condition d'une vie plus libre : moins dépendante du regard des autres, moins vulnérable aux aléas économiques, moins pressée par la course à l'accumulation. Ceux qui la pratiquent ne renoncent pas à désirer, ils choisissent simplement de ne plus laisser leurs désirs décider seuls de leur humeur.

C'est le sens le plus juste de cette sagesse ancienne : ne pas vouloir moins, mais avoir besoin de moins pour se sentir bien. Une nuance minuscule, et pourtant, elle change tout.

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EpicurusLuciliusveteran
Emilie Deffains

Curieuse et dynamique, après 20 années dans le secteur du commerce, une reconversion professionnelle et une formation, je participe aujourd'hui à l'animation de ce site. J'aime le sport et partager ces moments avec mes enfants dans leurs activités sportives. J'apprécie cuisiner et je suis plutôt pour le fait maison . Je lis occasionnellement et je découvre actuellement le plaisir de jouer aux jeux de sociétés! Pour moi, chaque changement est... (lire la suite...)

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