Ce qui compte, c'est l'intensité d'une vie : le sens de la citation de Brel

Emilie Deffains | publié le | modifié le | 6 minutes de lecture
Ce qui compte, c'est l'intensité d'une vie : le sens de la citation de Brel
illustration Brian Erickson
Et si la question n'était pas "combien de temps", mais "à quelle intensité" ? Certains vivent cent ans en restant immobiles. D'autres brûlent si fort en quelques décennies qu'on les cite encore longtemps après. La différence ? Ce n'est pas une question de chance.
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La valeur d'une vie se mesure rarement en années. Elle se mesure en projets risqués, en passions assumées, en matins où l'on se lève avec quelque chose à accomplir. On se souvient rarement d'un mardi ordinaire, mais on n'oublie jamais le jour où l'on a démissionné pour tenter autre chose, la première fois qu'on est monté sur scène, ou cette première course où on s'est surpassé.

Les philosophes, les poètes et les artistes le répètent depuis des siècles : ce qui reste d'une existence, ce ne sont pas les journées calmes, mais les instants où l'on a vraiment choisi de vivre.


Brel et le refus de la vie tiède

Jacques Brel n'était pas homme à rester assis. Chanteur épuisant ses tournées, navigateur en Polynésie, pilote d'avion... Il incarnait lui-même ce qu'il chantait. Et sa conviction tient en une formule restée intacte :

Ce qui compte, c'est l'intensité d'une vie, pas sa durée.
Jacques Brel

Cette phrase ne fait pas l'éloge de l'imprudence. Elle dit quelque chose de plus subtil : une vie faite de vraies passions, d'engagements concrets et de choix assumés marque davantage, pour soi comme pour les autres, qu'une vie longue mais sans risque.

L'intensité plutôt que la durée : une idée plus ancienne qu'on ne croit

L'idée que la qualité d'une vie prime sur sa longueur ne date pas d'hier. Les Grecs anciens parlaient déjà d'eudaimonia, ce bonheur actif fait d'engagement et de vertu, bien loin de l'idée de simplement "durer". Sénèque, dans ses lettres, s'impatientait contre ceux qui laissaient le temps leur glisser entre les doigts sans jamais le saisir vraiment.

Reprends possession de toi-même : le temps qui jusqu’ici t’était ravi, ou dérobé, ou que tu laissais perdre, recueille et ménage-le. Lettres à Lucilius/Lettre 1

Ce que ces penseurs avaient compris, c'est qu'une vie sans relief se contracte dans la mémoire : des années entières, vécues dans la routine, finissent par se fondre en un seul souvenir flou, comme si elles n'avaient jamais vraiment eu lieu.

Cette intuition ancienne trouve un écho très actuel. Dans l'émission Grand bien vous fasse ! du 20 août 2026, la journaliste Victoire Tuaillon et le sociologue Olivier Bessy s'interrogeaient justement sur cedésir contemporain d'intensifier nos vies : agendas surchargés, nuits raccourcies, course à la performance jusque dans les loisirs avec l''essor des ultra-trails.

Une manière de fuir l'ennui, disent-ils, mais aussi, parfois, un piège : à force de vouloir "toujours plus", on finit par s'épuiser sans être vraiment plus vivant pour autant.

Ce dont on se souvient vraiment

Pavese, lui, a mis le doigt sur quelque chose de très concret :

On ne se souvient pas des jours, on se souvient des instants.
Cesare Pavese

La mémoire ne classe pas les événements par ordre chronologique. Elle retient les instants chargés d'émotion, de surprise, de risque ou de joie. Le reste s'efface. Ce n'est pas une métaphore poétique : c'est aussi ce que la psychologie cognitive observe dans le fonctionnement de la mémoire épisodique. Les souvenirs les mieux ancrés sont ceux liés à une forte activation émotionnelle.

La profondeur comme boussole

Emerson, de son côté, formulait la même intuition avec une élégance très américaine du XIXe siècle :

Ce n'est pas la longueur de la vie, mais la profondeur de la vie.
Ralph Waldo Emerson

La profondeur dont il parle, c'est celle qu'on creuse en s'investissant vraiment dans quelque chose : un métier, une relation, une création, une cause. Ce n'est pas réservé aux artistes ou aux aventuriers. Un parent attentif, un artisan passionné, un scientifique curieux peuvent vivre avec autant d'intensité qu'un explorateur. Ce qui compte, c'est l'engagement sincère, pas le spectacle.


Choisir sa vie plutôt que la subir

Faut-il alors tout plaquer et s'inscrire au prochain ultra-trail ? Pas forcément. Ni Sénèque, ni Brel, ni Emerson ne disent qu'il faut fuir sans cesse ou accumuler les expériences.

Ils disent l'inverse : la vraie intensité, c'est de choisir pleinement ce qu'on vit, pas de le subir. On peut rester "à quai" toute sa vie sans jamais l'avoir vraiment habitée, ou courir sans relâche pendant vingt ans sans jamais s'être senti vivant, si l'agitation remplace le choix.

La différence ne se joue pas dans le nombre d'exploits, mais dans la présence qu'on met à chacun d'eux, qu'il s'agisse de gravir une montagne ou de regarder la mer un dimanche après-midi.

La durée d'une vie échappe souvent à notre contrôle. Son intensité, elle, est en grande partie une affaire de choix quotidiens. Petits ou grands. Nos citations sur le sens de la vie rassemblent d'autres voix qui ont réfléchi à cette question, parfois avec gravité, parfois avec beaucoup d'humour.

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Jacques Brel
Emilie Deffains

Curieuse et dynamique, après 20 années dans le secteur du commerce, une reconversion professionnelle et une formation, je participe aujourd'hui à l'animation de ce site. J'aime le sport et partager ces moments avec mes enfants dans leurs activités sportives. J'apprécie cuisiner et je suis plutôt pour le fait maison . Je lis occasionnellement et je découvre actuellement le plaisir de jouer aux jeux de sociétés! Pour moi, chaque changement est... (lire la suite...)

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