Pourquoi on rit ? Ce que la psychologie dit de l'humour

Emilie Deffains | publié le | 7 min de lecture
Pourquoi on rit ? Ce que la psychologie dit de l'humour
illustration The OurWhisky Foundation
On rit en moyenne entre 15 à 18 fois par jour sans y penser. Pourtant derrière chaque éclat de rire se cachent des mécanismes cérébraux, sociaux et émotionnels que les chercheurs étudient depuis plus d'un siècle.
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Le rire, un objet d'étude psychologique sérieux

Le psychologue Robert Provine, professeur à l'Université du Maryland, a passé des années à observer les gens rire dans la rue, dans les cafés, dans les couloirs. Son constat : on rit 30 fois plus souvent en société qu'en solitude. Le rire n'est donc pas une réaction au comique, il parle de l'importance humaine cruciale du rire, des liens sociaux et de la contagion.

Ce n'est pas forcement parce qu'on entend quelque chose de drôle qu'on rit, c'est souvent parce qu'on est avec d'autres, et que le rire est une façon de créer du lien, de signaler qu'on appartient au même groupe.

Le rire est le meilleur cadeau que nous puissions faire aux autres.
Dulce Maria Cardoso
L'humour est le plus court chemin d'un homme à un autre.
Georges Wolinski

Les trois grandes théories du rire

La psychologie a formalisé trois grandes théories de l'humour. Elles peuvent coexister, et selon les situations, l'une prend le dessus sur les autres.
  1. La théorie de la supériorité, formulée par Thomas Hobbes au XVIIe siècle, propose qu'on rit chaque fois qu'on se perçoit comme supérieur à quelqu'un d'autre ou à ce qu'on était soi-même par le passé. C'est le rire de la caricature, de la moquerie, du comique de situation (exemple quand quelqu'un glisse sur une peau de banane).
La soudaine glorification de soi est la passion qui produit ces grimaces qu'on appelle le RIRE.
Thomas Hobbes
  1. La théorie du soulagement, développée par Sigmund Freud dans son ouvrage sur Le mot d'esprit, voit le rire comme une soupape. Il libère une tension psychique accumulée autour de sujets tabous, comme la mort, le sexe, l'argent, le pouvoir. Le rire serait une façon socialement acceptable d'exprimer ce qu'on refoule.
Le mot d'esprit est, pour ainsi dire, la contribution au comique issue du domaine de l'inconscient.
Sigmund Freud
  1. La théorie de l'incongruité est aujourd'hui la plus étudiée. Elle affirme qu'on rit quand quelque chose brise nos attentes de façon inattendue mais finalement logique. Le cerveau adore les surprises qui "font sens" après coup. C'est la mécanique du bon mot, de la chute, de la métaphore décalée.
Le rire est un affect procédant de la manière dont la tension d'une attente se trouve soudain réduite à néant.
Emmanuel Kant
Pour Kant, le rire naît d'une attente intellectuelle soudainement déçue : on crée une attente logique dans notre tête, et quand cette attente s'effondre brusquement dans l'absurde, ce basculement soudain déclenche le rire.

Le rire, un bienfait pour la santé

Les neurosciences ont analysé le rire avec précision : quand on perçoit quelque chose de drôle, plusieurs zones s'activent en cascade : le cortex préfrontal analyse la situation, le système limbique traite l'émotion, et le noyau accumbens libère de la dopamine : le même circuit que le plaisir ou la récompense.

Le rire déclenche aussi la libération d'endorphines, réduit le cortisol (l'hormone du stress) et renforce temporairement le système immunitaire. Ce n'est plus une métaphore : rire fait littéralement du bien.

Le yoga du rire, créé en 1995 par le médecin indien Madan Kataria, consiste à rire volontairement en groupe (sans avoir besoin d'humour), pour profiter des mêmes bienfaits qu'un rire spontané.

L'humour comme compétence ou comme image sociale

Contrairement à ce qu'on croit souvent, le sens de l'humour n'est pas inné. C'est une compétence cognitive et sociale, qui repose sur trois capacités : détecter l'incongruité, jouer avec les niveaux de sens et lire l'autre avec précision pour savoir ce qui va le surprendre sans le blesser.
Le comique, ce n'est pas seulement du talent, mais c'est surtout un don, une façon de sentir, de pouvoir comprendre et interpréter !
Louis de Funès

Il y a une nuance importante : tous les rires ne se valent pas. L'humour bienveillant, qui inclut plutôt qu'il n'exclut, produit des effets positifs durables sur les liens sociaux. L'humour agressif ou autodépréciatif excessif, lui, peut renforcer des schémas négatifs.

Coluche avait cette intuition. Son humour était vache, mais rarement cruel envers ceux qui souffraient déjà. Il visait les puissants, les hypocrites, les convenances. Et ça, le public le sentait.

Coluche, quipratiquait les trois théories simultanément, avait un instinct que les chercheurs auraient eu du mal à théoriser.

Dieu a dit : "Je partage en deux, les riches auront de la nourriture, les pauvres de l'appétit."
Coluche

En une phrase :
- l'incongruité : le détournement absurde d'un partage divin censé être équitable),
- le soulagement : elle nomme crûment une injustice qu'on évite habituellement de formuler aussi nettement,
- la supériorité retournée : ce n'est pas le pauvre qui est ridicule, c'est l'absurdité du système (voire de Dieu lui-même).
Je suis capable du meilleur et du pire. Mais, dans le pire, c'est moi le meilleur.
Coluche

Il essaie de se présenter comme quelqu'un de nuancé, capable du bien comme du mal, avant de retourner la phrase pour dire qu'il excelle même dans le pire, ce qui crée la surprise comique tout en assumant ses défauts avec fierté.

Quarante ans après sa mort, les blagues de Coluche circulent encore. Ce n'est pas un hasard, les mots résistent au temps quand ils touchent quelque chose de vrai sur la condition humaine : sur nos petites lâchetés, nos grandes injustices, notre besoin de nous reconnaître dans le rire de l'autre.

La psychologie de l'humour est d'accord avec ce que Coluche pratiquait : le rire est un acte social, un lien, un miroir. Et les meilleurs comiques sont, d'une certaine façon, d'excellents psychologues.

Pourquoi certains mots d'esprit traversent le temps

Les blagues qui durent font rire car elles pointent quelque chose de vrai sur la condition humaine comme une injustice, une hypocrisie, une absurdité partagée. Les meilleurs blagues de Coluche continuent de circuler, non pas parce qu'elles sont anciennes, mais parce qu'elles touchent encore une vérité sociale intacte.

Le rire, c'est une façon de se reconnaître dans le regard de l'autre, de dire, en une fraction de seconde : on partage la même lecture du monde. Le rire, finalement, est une façon de dire : on se comprend.

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Emilie Deffains

Curieuse et dynamique, après 20 années dans le secteur du commerce, une reconversion professionnelle et une formation, je participe aujourd'hui à l'animation de ce site. J'aime le sport et partager ces moments avec mes enfants dans leurs activités sportives. J'apprécie cuisiner et je suis plutôt pour le fait maison . Je lis occasionnellement et je découvre actuellement le plaisir de jouer aux jeux de sociétés! Pour moi, chaque changement est... (lire la suite...)

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