Les animaux pensent sans mots : quand la science donne raison à ce célèbre psychiatre

Boris Cyrulnik, neurologue et éthologue, a consacré une grande partie de sa carrière à observer le comportement animal avec la même attention qu'il portait aux humains. Longtemps perçues comme excessives ou sentimentales, ses positions sur la pensée animale et la conscience des bêtes trouvent aujourd'hui un écho inattendu dans les laboratoires les plus sérieux du monde. Ce que la philosophie débattait depuis des siècles, la biologie commence à le trancher. Et les résultats ne sont pas tendres pour notre ego d'espèce dominante.
Une citation qui dérange, et c'est fait exprès
Il y a dans cette phrase de Cyrulnik quelque chose qui reste collé longtemps après qu'on l'a lue. Pas de la culpabilité abstraite, mais une image très concrète : nous, humains, riant devant une cage, devant un animal qui nous regarde et qui, peut-être, comprend bien plus qu'on ne le croit.
Le jour où l'on comprendra qu'une pensée sans langage existe chez les animaux, nous mourrons de honte de les avoir enfermés dans des zoos et de les avoir humiliés par nos rires.
Boris Cyrulnik
Le mot clé ici, c'est "pensée sans langage". Cyrulnik ne dit pas que les animaux parlent. Il dit qu'ils pensent autrement que nous, avec d'autres outils cognitifs, et que notre incapacité à les reconnaître dit surtout quelque chose sur nos propres limites perceptives.
En lisant des articles sur les progrès scientifiques de l'étude de la communication intelligente chez les animaux, j'ai repensé à une scène marquante d'un film phrase de la SF : La planète des singes.
Dans le film (je parle du premier film sorti en 1968), les rôles sont inversés. Les singes sont persuadés avoir toujours été supérieurs aux hommes, et pensent que les hommes sont des animaux incapables de penser, car de parler. Un événement va semer le doute : la découverte d'une poupée qui parle... à l'éphigie des êtres humains !
Cette scène a d'ailleurs en partie été reproduite dans La Planète des singes : Le Nouveau Royaume. Et elle fait réfléchir : nous sommes si habitués à croire être les seuls "animaux" parlants et intelligents ! Je suis persuadé que la science nous remettra un jour à notre place, sur ce point, comme sur d'autres.
Les éléphants qui se donnent des noms : Nature Ecology & Evolution, 2024
Autre exemple d'avancée en la matière. En 2024, une étude publiée dans Nature Ecology & Evolution a mis en évidence que les éléphants de savane africaine utilisent des signaux sonores spécifiques pour désigner des individus précis au sein de leur groupe.
Autrement dit, ils s'appellent par leur nom. Pas un cri générique d'alarme, pas un appel de groupe : un signal unique, personnel, abstrait, qui renvoie à un individu particulier. C'est exactement le type de communication symbolique qu'on pensait être l'apanage du langage humain. Les éléphants n'ont pas lu Saussure, mais ils ont compris l'essentiel.
Voici la vidéo qui en parle :
Les chimpanzés qui changent d'avis : UC Berkeley, 2025
Des chercheurs de l'Université de Berkeley ont publié en 2025 des travaux encore plus déstabilisants : les chimpanzés sont capables de réviser leurs croyances face à de nouvelles preuves. Ils ne s'entêtent pas. Ils mettent à jour leur modèle du monde. C'est ce qu'on appelle en philosophie de l'esprit la pensée révisable, une des marques distinctives du raisonnement rationnel. Jusqu'ici, on aimait penser que seul l'humain pouvait dire "j'avais tort". Il semblerait que les chimpanzés aient une longueur d'avance sur certains d'entre nous.
Et des études de ce type, il en existe bien d'autres :Le Dr Scarlett Howard de l'Université Monash a publié une synthèse démontrant comment les insectes (comme les abeilles) effectuent des calculs complexes avec un cerveau miniature, posant les bases de nouvelles technologies bio-inspirées : https://phys.org/news/2025-05-animal-cognition-reveals-treasure-trove.html
Le CNRS a publié en 2023 un article sur l'intelligence animale, intitulé "L’intelligence animale se dévoile", expliquant comment l'éthologie bouleverse notre vision sur l'intelligence animale.
Et c'est passionnant.
Cyrulnik avait une longueur d'avance
Ce qui frappe rétrospectivement, c'est que Cyrulnik formulait ces intuitions bien avant que les outils scientifiques permettent de les vérifier.
Son approche éthologique, héritée notamment de Konrad Lorenz et de ses propres observations de terrain, l'avait conduit à prendre les animaux au sérieux comme sujets cognitifs. Pas comme des machines à réflexes, pas comme de petits humains mal finis, mais comme des êtres dotés d'une intériorité réelle, différente, et largement inexplorée. La science lui donne aujourd'hui des données là où il n'avait que des observations. L'argument n'en est que plus solide.
Les recherches récentes sur l'intelligence animale transforment en profondeur notre rapport aux autres espèces.
Cyrulnik le formulait avec une franchise qui dérange encore. Si ces questions vous touchent, le site propose d'autres citations sur la condition animale, la conscience et l'empathie, signées par des auteurs, philosophes et scientifiques qui ont osé regarder les bêtes dans les yeux sans baisser le regard les premiers.
Voici quelques autres citations qui illustrent bien à quel point on ne devait pas sous-estimer la place des animaux parmi nous :
Plus j'étudie les animaux, plus j'étudie la nature, plus je comprends les êtres humains et même les civilisations, adaptées à la nature.
Boris Cyrulnik
Tout comme l'homme, les animaux ressentent le plaisir et la douleur, le bonheur et le malheur.
Charles Darwin
La cruauté envers les animaux est la violation d'un devoir de l'homme envers lui-même.
Emmanuel Kant
De tous les animaux qui s'élèvent dans l'air, qui marchent sur la terre, ou nagent dans la mer, de Paris au Pérou, du Japon jusqu'à Rome, le plus sot animal, à mon avis, c'est l'homme.
Nicolas Boileau
Et vous, vous en pensez quoi ?

Je suis un passionné de culture, de littérature, de cinéma, d'art, d'environnement, de jeux de société,... oui, tout ça. J'adore m'étaler des heures sur ces sujets. J'écris moi-même un peu, de la poésie, et je peins à mes heures perdues. Je suis consultant web et rédacteur indépendant depuis plus de 20 ans, et j'ai la chance d'être en partenariat avec Ouest France pour éditer ce site que j'espère joli, moderne... (lire la suite...)




