Maya Angelou, Churchill, Mandela : ils avaient tous peur. Et alors ?

Maya Angelou est l'une des voix les plus marquantes de la littérature américaine du XXe siècle. Poète, mémorialiste, militante des droits civiques, elle a grandi dans un Sud ségrégationniste, a survécu à des traumatismes profonds dès l'enfance, et a construit son œuvre sur cette matière brute : la douleur traversée, pas effacée.
Sa phrase sur le courage ne relève pas de la philosophie de salon. Elle vient de quelqu'un qui a connu la chute de l'intérieur, et qui a quand même choisi de se remettre debout. Ce mouvement, tomber puis se relever en acceptant la peur, c'est précisément ce que les chercheurs en psychologie ont commencé à nommer et à étudier sérieusement.
Avoir du courage ne veut pas dire que nous n'avons pas peur. Avoir du courage et faire preuve de courage signifie que nous affrontons nos peurs. Nous pouvons dire : Je suis tombée, mais je vais me relever.
Maya Angelou
Le courage n'est pas l'absence de peur : tout le monde (ou presque) est d'accord
Ce qui frappe d'emblée, c'est le consensus.
Des personnalités que tout sépare par l'époque, la culture ou le parcours ont dit, à peu de choses près, la même chose.
Maya Angelou, Churchill, Mandela : ils avaient tous peur. Et alors ?
Winston Churchill formulait ça de façon lapidaire :
La peur est une réaction. Le courage est une décision.
Winston Churchill
Nelson Mandela, lui, parlait de "la capacité de vaincre ce qui fait peur" :
Le courage n'est pas l'absence de peur, mais la capacité de vaincre ce qui fait peur.
Nelson Mandela
Mark Twain y voyait une forme de résistance, et François Mitterrand de domination de soi. Même Alain, philosophe français du début du XXe siècle, estimait que la peur est ce qui "gronde dans le courage", comme un moteur qu'on retourne contre lui-même.
Le courage est la résistance à la peur : la maîtresse et non l'absence de la peur.
Mark Twain
Le courage consiste à dominer sa peur, non pas à ne pas avoir peur.
François Mitterrand
La peur est ce qui gronde dans le courage ; la peur est ce qui pousse le courage au delà du but.
Alain
Ce n'est pas un hasard si ces citations viennent presque toutes de gens qui ont traversé des épreuves réelles : une guerre mondiale, l'apartheid, des années de prison, des deuils. La peur, ils l'ont connue de près. Et c'est peut-être pour ça qu'ils en parlent sans la romantiser.
Ce que la psychologie dit du courage face à l'adversité
La psychologie positive, popularisée notamment par Martin Seligman, classe le courage parmi les vertus fondamentales de l'être humain. Mais c'est la notion de résilience qui rejoint le plus directement la phrase d'Angelou : cette capacité à se reconstruire après un choc, à "se relever" selon ses propres mots, sans nier ce qui s'est passé.
Le psychologue américain Albert Bandura a de son côté beaucoup travaillé sur le sentiment d'efficacité personnelle : la conviction qu'on est capable d'agir malgré les obstacles. Ce n'est pas de la témérité, c'est précisément l'acte de décision que Churchill décrivait. On a peur, on le sait, et on y va quand même.
Plus récemment, des travaux en neurosciences ont montré que l'amygdale cérébrale, qui traite la peur, reste active même chez les personnes jugées très courageuses. Le courage ne désactive pas la peur : il la cohabite. Ce que le langage populaire résume souvent par "avoir le trac mais y aller quand même".
La décision comme acte central du courage
La formule de Churchill mérite qu'on s'y arrête un instant. Distinguer la réaction (involontaire, instinctive) de la décision (consciente, volontaire) change tout. La peur arrive sans qu'on la convoque. Le courage, lui, se choisit. C'est un acte de volonté, pas un trait de caractère qu'on aurait ou qu'on n'aurait pas à la naissance.
C'est aussi ce que sous-entend Angelou quand elle dit "je vais me relever". Pas "je me suis relevée". Le futur proche, c'est une décision en train de se prendre, pas un bilan après coup. Le courage est dans l'intention, avant même d'être dans l'acte.
Ce que toutes ces voix dessinent, finalement, c'est une vision du courage assez peu héroïque au sens hollywoodien du terme. Pas de cape, pas d'invincibilité. Juste quelqu'un qui a peur, qui le reconnaît, et qui décide d'avancer quand même. Ce n'est peut-être pas très spectaculaire. Mais c'est à la portée de tout le monde, et c'est peut-être ça, l'essentiel.

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