Complexe d'infériorité : ces phrases que vous vous dites sans vous en rendre compte

Emilie Deffains | publié le | 10 min de lecture
Complexe d'infériorité : ces phrases que vous vous dites sans vous en rendre compte
illustration Photo de Anete Lusina pexels.com
Il y a des phrases qu’on laisse passer. Une sorte de capitulation verbale, si habituelle qu’on ne l'entend plus. "Je suis vraiment pas doué pour ça." "Les autres savent mieux que moi.", "De toute façon, c’est pas pour moi.". Elles semblent anodines, mais elles ne le sont pas. Ces mots sont les marques visibles d’une conviction profonde, silencieuse, tenace : celle de ne pas être à la hauteur.

Avant de commencer, on a une question pour comprendre où vous, vous en êtes, par rapport à ce complexe d'infériorité ? Alors, on vous a préparé un petit sondage. Rapide.

Sondage : vous arrive-t-il de minimiser vos réussites par peur du regard des autres ?

Voici un petit sondage rapide. Répondez spontanément, et découvrez les réponses des internautes, en pourcentage.

  • oui
  • non

Si vous avez répondu oui, vous n'êtes pas seul(e). Ce réflexe de minimisation est l'un des signes les plus discrets, et les plus répandus, du complexe d'infériorité. Voici comment le reconnaître dans votre quotidien.

Ces phrases révélatrices d'un complexe d'infériorité

Le complexe d'infériorité ne se manifeste pas toujours par un retrait total ou une souffrance visible. Il s'exprime et souvent avec une familiarité déconcertante.

Voici les formules les plus courantes, celles qu’Alfred Adler, le premier à théoriser ce concept au début du XXᵉ siècle, aurait immédiatement reconnues comme des compensations défensives :

  • "C’est nul, mais…" : on appelle ça "la dépréciation préventive" : minimiser avant que les autres le fassent.
  • "Je suis comme ça, on ne change pas." : la résignation comme armure.
  • "Toi tu peux, moi c’est différent." : la comparaison qui invalide toute tentative.
  • "J’aurais jamais dû essayer." : la punition rétroactive de l’ambition.
  • "De toute façon, les gens comme moi…" : l’identité réduite à une catégorie inférieure.
  • "Je suis inutile et nulle par rapport aux autres" : les échecs et les complexes prennent toute la place et la comparaison avec autrui est systématique.

Sentiments d'infériorité exprimés au travail

  • "C'est pas vraiment moi qui ai fait ça, j'ai eu de la chance."
  • "Je préfère ne pas prendre ce projet, d'autres le feront mieux."
  • "Je vais sûrement me planter en réunion."

Des pensées d'infériorité dans les relations

  • "Je comprends pas pourquoi tu es avec moi."
  • "Je te préviens, je suis compliqué(e)."
  • "Tu mérites quelqu'un de mieux."

Des mots qui révèlent un complexe d'infériorité face aux compliments

  • "Oh c'est rien, vraiment."
  • "N'importe qui aurait fait pareil."
  • "Tu dis ça pour être gentil(le)."

Des phrases qui rabaissent face aux autres

  • "Moi je suis pas du genre à…" (suivi d'une qualité admirée chez autrui)
  • "C'est facile pour toi, t'as un don."
  • "Les gens comme moi, on reste à notre place."

Se sentir inférieur dans un contexte de comparaison sociale

"Tout le monde a l'air de savoir ce qu'il fait, sauf moi."
"À mon âge, j'aurais dû…"
"J'ai raté le coche."

Ce qui est frappant dans toutes ces phrases, c'est qu'elles font penser à de la modestie. Elles passent souvent pour de l'humilité, voire pour une qualité.

C'est précisément ce qui les rend difficiles à repérer et à remettre en question.

D’où vient cette voix intérieure, qui nous pousse à nous rabaisser ?

Ces phrases qui montrent ce complexe d'infériorité ont une histoire. Elles sont le résultat de paroles reçues, de comparaisons subies, d'humiliations vécues en silence.

L’enfant qu’on compare sans cesse à son frère "plus brillant". L’adolescente dont les efforts sont ignorés. L’adulte qui a grandi dans un environnement où l’erreur était une honte plutôt qu’une étape.

C'est un mécanisme précis. Une expérience pénible mène à une généralisation sur soi-même avec un monologue intérieur qui maintient cette vision. Et ensuite, des comportements d’évitement qui la confirment.

Un cercle vicieux, mais pas indestructible. On vous explique.

Alfred Adler : le complexe d'infériorité, une stratégie inadaptée qu'on peut comprendre et transformer.

Psychiatre et fondateur de la psychologie individuelle, il part d'une idée simple : tout être humain naît dans un état d'infériorité : vulnérable, dépendant, incapable de survivre seul.

Ce sentiment n'est pas une maladie, c'est le point de départ de la vie psychique, nous passons notre vie à le compenser en cherchant à progresser, à maîtriser, à trouver notre place.

Le problème survient quand cette compensation échoue.
Le sentiment d'infériorité cesse alors d'être quelque chose de dynamique pour devenir une conviction : on évite, on se replie, ou au contraire on surcompense par l'arrogance ou le perfectionnisme.

Là où Freud regardait vers le passé, Adler regardait vers l'avenir : le complexe d'infériorité n'est pas une fatalité et non un héritage, il est transformable.

Dans une vidéo de Coursitout, on retrouve une présentation de Alfred Adler et de ses différents concepts, en particulier le complexe d’infériorité :


Analyse psychologique contemporaine : pourquoi ce discours d'infériorité se perpétue-t-il seul ?

Dans la continuité des travaux d’Adler mais aussi des recherches sur l’estime de soi de Christophe André, les psychologues modernes mettent en avant un paradoxe central : le complexe d’infériorité ne survit pas parce qu’il est vrai, mais parce qu’il est utile.

Utile pour se protéger.
Préférer se rabaisser soi-même plutôt que de laisser les autres le faire, c'est conserver la maîtrise de sa douleur. Éviter les circonstances qui pourraient valider la peur de l'échec, c'est éviter d'avoir tort mais ce comportement ne permet pas de vivre vraiment sa vie.

Les thérapies cognitives (TCC), développées par Aaron Beck dans les années 60, ont mis en évidence le fait que nos souffrances ne viennent pas des événements eux-mêmes, mais des croyances que nous avons construites sur nous-mêmes. "Je suis incompétent", "Je ne mérite pas d'être aimé".

Ces convictions fonctionnent exactement comme le complexe d'infériorité pressentie par Adler : figées, invisibles, auto-confirmées.

Jeffrey Young, psychologue, est allé plus loin en développant la thérapie des schémas. Il a identifié des "schémas précoces inadaptés" : des croyances ancrées et installées dès l'enfance.
Plusieurs ont un rapport direct avec le complexe d'infériorité : le schéma de défectuosité ("je suis fondamentalement défaillant"), d'échec ("je vais forcément échouer"), ou d'imperfection ("je ne suis jamais à la hauteur").

Ces croyances ne sont pas une vérité sur soi, ce sont des constructions mentales de survie, nées dans un contexte précis, et qu'un travail thérapeutique structuré peut durablement modifier. Ce n’est pas une faiblesse de caractère.

“L’infériorité n’est pas un destin. C’est une interprétation du passé, appliquée par erreur au présent.”- Inspiré des travaux d’Alfred Adler

5 citations inspirantes sur le complexe d'infériorité et ses effets négatifs

Plus profondément est ressenti le sentiment d'infériorité, plus impérieux sera le désir de compensation, et plus violente sera l'agitation émotionnelle.
Alfred Adler
Le sentiment d'infériorité des individus est proportionnel à la violence que ceux-ci dégagent en situation.
internaute
L'idée d'infériorité fait naître l'esprit de mimétisme
Carlos Dissa
La suffisance est une façon pour certains d'accabler les autres de leur infériorité.
Gérard de Rohan Chabot
Ce que l'on croît de la vanité, résulte souvent d'un complexe d'infériorité.
Roger Peyrefitte

Ce que l’on peut faire pour modifier ce complexe d'infériorité

Changer ces phrases ne suffira pas. Répéter “je suis capable” à voix haute sans un travail intérieur ne fait que créer une contradiction de plus.

Ce qui fonctionne, c’est d’abord d’observer. Tenir un “journal de phrases” pendant deux semaines pour y noter les formules réflexes utilisées sur soi-même, vous révèlera souvent des modèles répétés flagrants.

Ensuite, questionnez-vous : “Cette phrase, d’où vient-elle ? Qui me l’a apprise ? Est-ce qu’elle décrit un fait, ou une peur ?”

Enfin, ne pas confondre humilité et autodestruction. Reconnaître ses limites est important.

Ces phrases que vous laissez passer ne sont pas neutres. Elles construisent, jour après jour, la représentation que vous avez de vous-même et celle que les autres finissent par adopter.

Les entendre, les nommer, comprendre d’où elles viennent : c’est aller dans la bonne direction !

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Complexe d'infériorité
Emilie Deffains

Curieuse et dynamique, après 20 années dans le secteur du commerce, une reconversion professionnelle et une formation, je participe aujourd'hui à l'animation de ce site. J'aime le sport et partager ces moments avec mes enfants dans leurs activités sportives. J'apprécie cuisiner et je suis plutôt pour le fait maison . Je lis occasionnellement et je découvre actuellement le plaisir de jouer aux jeux de sociétés! Pour moi, chaque changement est... (lire la suite...)

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