Test psycho : pourquoi on reste avec ceux qui nous font du mal ?

Emilie Deffains | publié le | 10 min de lecture
Test psycho : pourquoi on reste avec ceux qui nous font du mal ?
illustration RDNE Stock project
On a raccroché en se promettant de ne plus rappeler et finalement on a rappelé quand même. Ce n'est pas de la faiblesse, c'est quelque chose de bien plus compliqué. Nous avons exploré ce mécanisme pour essayer de vous expliquer ce qui se passe vraiment et on vous propose un test de personnalité pour mieux comprendre où vous en êtes.

Rester dans une relation toxique n'est pas de la faiblesse.

Quand une relation nous fait souffrir, notre entourage nous dit souvent : "Mais pourquoi tu restes ?"
La question est légitime, mais la réponse est bien plus complexe, ce n'est pas un simple manque de volonté.

Les neurosciences l'ont montré : une relation douloureuse mais intense active les mêmes circuits cérébraux qu'une addiction.

Helen Fisher, anthropologue américaine, a fait beaucoup de recherche sur le comportement humain et sur la biologie de l'amour et de l'attraction. Un de ses articles en 2005 sur le sujet : l'amour romantique : une étude IRMf d'un mécanisme neuronal du choix du partenaire.

Cet article montre que l’amour romantique active le système de récompense du cerveau (dopamine), un peu comme une motivation forte plutôt qu’une simple émotion. Quand on voit la personne aimée, certaines zones du cerveau liées au plaisir et à la motivation s’activeraient fortement.

L’amour romantique est surtout un "drive" biologique (motivation) qui aide à se focaliser sur un partenaire pour favoriser le choix de ce partenaire et la reproduction.
Le cerveau ne distingue pas "bon pour moi" de "familier". Il distingue "connu" de "inconnu". Et l'inconnu, même s'il est meilleur, fait peur.

Le rôle la dopamine (molécule du plaisir) dans une relation toxique

Dans une relation, il y a des hauts et des bas : le cerveau libère de la dopamine lors des moments de réconciliation ou de tendresse, comme une récompense imprévisible.
C'est précisément cette imprévisibilité qui rend une habitude difficile à briser. Les machines à sous fonctionnent exactement sur ce principe. On appelle ça le concept de renforcement intermittent, issue de la théorie du conditionnement opérant deBurrhus Frederic Skinner :

Le rôle du cortisol (hormone du stress) dans une relation qui fait mal


Le stress chronique lié à la relation produit du cortisol. Paradoxalement, la présence de la personne qui cause ce stress peut aussi calmer ce cortisol, créant une dépendance physiologique.
C'est ce que les psys appellent le trauma bonding (ou lien traumatique), qui désigne un attachement émotionnel fort qui se crée entre une personne et quelqu’un qui lui fait du mal :
  • La relation alterne entre moments de souffrance (violence, manipulation, rejet) et moments de "récompense" (affection, excuses, attention).
  • Ce mélange crée une sorte de dépendance émotionnelle.
  • La personne reste attachée, même si la relation est toxique.

Ce concept a été décrit dans les années 1980 par Donald Dutton et Susan Painter, psychologues américains. C’est un peu comme si le cerveau s’accrochait aux moments positifs rares, ce qui rend difficile de partir malgré la douleur.

"On ne tombe pas amoureux d'une personne. On tombe amoureux d'un sentiment."

Ces phrases qu'on se répète pour rester

Le langage intérieur est déterminant. Certaines phrases reviennent, encore et encore et empêchent de partir. Les voici, et ce qu'elles révèlent vraiment :

  • "Il (elle) va changer."

Une phrase fréquente, elle repose sur un mécanisme bien documenté : les moments de gentillesse authentique, même s'ils sont rares, suffisent à alimenter la croyance que "la vraie personne", c'est celle-là. C'est comme attendre la meilleure version de lui, en oubliant que c'est déjà la sienne.

Si tu veux connaître quelqu'un n'écoute pas ce qu'il dit, mais regarde ce qu'il fait.
Dalaï Lama Tenzin Gyatso
  • "Sans lui (elle), je ne suis rien."

Cette phrase révèle souvent une peur de l'abandon présente bien avant la relation. La théorie de l'attachement de John Bowlby, psychiatre et psychanalyste, explique que nos premières expériences affectives programment notre manière de nouer des liens à l'âge adulte. Attachement et perte - 1969

Ce qu'il y a d'étrange dans la dépendance affective, c'est qu'on s'abandonne soi-même pour éviter d'être abandonné par l'autre.
inconnu

  • "C'est de ma faute."

Se sentir responsable de la souffrance dans la relation est un signe classique de relation toxique. Cette croyance donne l'illusion du contrôle. Si c'est ma faute, alors je peux changer les choses. Si ce n'est pas ma faute, je suis impuissant(e).

On se sent coupable parce qu'on n'accepte pas de ne pas être tout puissant.
Fabrice Midal
  • "Les bons moments valent bien les mauvais."

Le cerveau stocke les souvenirs de manière sélective. Dans une relation intense, les pics émotionnels comme la joie, la réconciliation, la passion, s'imprègnent plus profondément que les blessures du quotidien. C'est ce que les psychologues appellent le peak-end rule (règle du pic et de la fin).

  • "Personne d'autre ne m'aimera comme ça."

L'intensité émotionnelle d'une relation toxique est souvent confondue avec la force l'amour. Plus la relation est tumultueuse, plus elle semble "vraie". C'est un biais cognitif : on associe l'intensité à la valeur. Mark Travers, psychologue américain, nous montre 3 signaux d'alarme que beaucoup de gens confondent avec l'amour.

Test de personnalité : ma relation me fait-elle du mal ? (8 questions)

Vous vous excusez souvent, même quand vous n'êtes pas sûr(e) d'avoir tort ?

  • Oui
  • Non

Vous modifiez votre comportement pour éviter les réactions négatives de l'autre ?

  • Oui
  • Non

Après des moments difficiles, une réconciliation vous redonne l'espoir que tout ira mieux ?

  • Oui
  • Non

Vous avez du mal à imaginer votre vie sans cette personne, même si elle vous blesse ?

  • Oui
  • Non

Vous ressentez fréquemment de l'anxiété à l'idée de décevoir ou de perdre l'autre ?

  • Oui
  • Non

Vos proches ont exprimé des inquiétudes sur votre relation ou votre état ?

  • Oui
  • Non

Vous avez le sentiment que votre valeur dépend en partie de ce que cette personne pense de vous ?

  • Oui
  • Non

Vous avez déjà voulu partir, mais êtes resté(e) par peur de ce que ça changerait ?

  • Oui
  • Non

Vos réponses :

Alors combien de "oui" avez-vous eu et que disent vos réponses ?

Profil 1 : relation stable (0 à 2 oui)

Vos réponses ne révèlent pas la présence d'une relation toxique ou d'attachement anxieux. Cela suggère un style d'attachement sécure : vous semblez capable de maintenir votre identité dans la relation, sans vous effacer pour préserver le lien.

Continuez à nommer clairement vos besoins dans la relation, c'est ce qui maintient un attachement sécure dans la durée.

Profil 2 : zone de vigilance (3 à 5 oui)

Vos réponses indiquent la présence de plusieurs comportements associés à l'attachement anxieux : ajustements de vos attitudes répétés pour éviter le conflit,difficulté à dissocier votre valeur personnelle du regard de l'autre, ou espoir de changement alimenté par des moments de réconciliation.
C'est ce qui semble correspondre à ce que les psychologues appellent le renforcement intermittent : un cycle de tensions et d'apaisements qui entretient le lien malgré la souffrance.

Ils ne définissent pas votre relation, notez chaque moment où vous avez modifié votre comportement par peur plutôt que par choix et apprenez à distinguer ce qui dépend réellement de vous de ce qui appartient à l'autre. Cela réduit le sentiment de responsabilité trop présent.

Profil 3 : schéma de dépendance affective marqué (6 à 8 oui)

Vos réponses correspondent à plusieurs indicateurs cliniques de la dépendance affective et d'attachement traumatique : anxiété d'abandon intense, hypervigilance aux humeurs de l'autre, incapacité à envisager la séparation malgré une souffrance consciente.
Ce type de relation peut se comparer à la dépendance aux substances (drogue, tabac, alcool) : la présence de l'autre régule votre cortisol (stress), ce qui crée une dépendance physiologique réelle, indépendante de votre volonté.

Ce n'est pas un manque de caractère c'est de la survie affective, souvent liée à des expériences passées.

Si vous lisez cet article pour quelqu'un de votre entourage, sachez que la dépendance affective ne se "guérit" pas avec de la logique, l'empathie et la patience sont les seuls soutiens efficaces.


Ces phrases qui aident à voir clair pour sortir de cette relation douloureuse

Il ne s'agit pas de juger, ni d'imposer une porte de sortie. Mais certains mots, quand on les lit ou qu'on les entend, font quelque chose, une sorte de "tilt" :

"Tu mérites un amour qui ne te coûte pas ta paix."
"Partir, ce n'est pas abandonner quelqu'un. C'est parfois te retrouver toi-même."
"Ce n'est pas parce qu'on s'est aimés fort qu'on était faits l'un pour l'autre."
"Guérir, c'est apprendre à s'aimer assez pour choisir ce qui nous fait du bien."
"Ne devenez jamais simplement quelque chose pour quelqu'un, alors que vous pouvez être le tout pour un autre"

Il vaut mieux être seul qu'en mauvaise compagnie.
Proverbe Français

Rester dans une relation qui fait du mal n'est pas une question de stupidité ou de manque d'amour propre. C'est souvent le résultat de mécanismes neurologiques, psychologiques et émotionnels qui se sont mis en place bien avant.
Partagez cet article : sur facebook |  sur linkedin |  sur BlueSky
Emilie Deffains

Curieuse et dynamique, après 20 années dans le secteur du commerce, une reconversion professionnelle et une formation, je participe aujourd'hui à l'animation de ce site. J'aime le sport et partager ces moments avec mes enfants dans leurs activités sportives. J'apprécie cuisiner et je suis plutôt pour le fait maison . Je lis occasionnellement et je découvre actuellement le plaisir de jouer aux jeux de sociétés! Pour moi, chaque changement est... (lire la suite...)

linkedin
A la une
Vos citations préférées
Tops propositions
Catégories
Thèmes populaires
retour en haut