Ces phrases qu'on utilise pour éviter un conflit (et pourquoi elles ne règlent rien)

Alors, pourquoi dit-on ces phrases ? Et surtout que se passe-t-il vraiment quand on les dit ? Citation du jour s'est intéressé à ce sujet et vous répond.
6 phrases habituelles pour éviter les conflits
- "C'est pas grave"
En réalité on pense souvent : ça m'a blessé, mais je ne veux pas de vague.
C'est ce que les psychologues appellent l'évitement émotionnel : on préfère ignorer son ressenti avant même de l'avoir exprimé. À court terme, c'est efficace mais à long terme, la douleur devient impossible à ignorer.
Les comportements d’évitement consistent à fuir ou contourner des situations, émotions ou pensées perçues comme inconfortables, afin de réduire l’anxiété à court terme. Mais cette stratégie entretient le problème, en empêchant de s’y confronter et en renforçant la peur.
Il est préferable d'affronter une fois dans sa vie un danger que l'on craint que de vivre dans le soin éternel de l'éviter.
Marquis de Sade
- "Laisse tomber"
Quand on dit "laisse tomber", on veut souvent dire : "tu ne me comprends pas, et j'ai abandonné l'idée que tu puisses le faire". La communication est coupée, de façon plus passive que la colère, mais parfois plus destructrice, car elle installe un mur de silence.
Le psychologue américain John Gottman, dont les travaux font référence y compris en France, a identifié ce comportement sous le nom de stonewalling (le "mur de pierre"). Dans ses recherches sur les couples, il le classe parmi les quatre comportements les plus toxiques pour une relation durable avec la critique, le mépris et l'attitude défensive.
Ouest France s'est intéressé à ce comportement dans un article fin 2025 : "Qu’est-ce que le « stonewalling », ce comportement toxique à l’origine de la plupart des divorces ?"
- "C'est pas la peine d'en parler"
C'est souvent une manière déguisée d'exprimer un sentiment de peine perdue : on ne croit plus que la conversation peut changer quelque chose.
Le silence est l'expression la plus parfaite du mépris.
George Bernard Shaw
- "Peu importe" / "Comme tu veux"
En réalité c'est souvent une façon de ne pas prendre le risque d'exprimer une préférence, de peur du rejet ou de la désapprobation.
Une étude a été menée par des chercheurs de l'Université de Bordeaux sur la communication non-violente. Dans les relations de couple, elle montre que l'effacement répété de ses propres besoins, même sur des décisions anodines, provoque une baisse progressive de l'estime de soi et de la satisfaction relationnelle.
Dire "comme tu veux" tout le temps n'est pas une vertu, c'est plus une capitulation faite en silence.

- "On en reparle plus tard"
Mais "plus tard" arrive rarement. Le sujet refroidit, la tension retombe et avec elle, le courage de vraiment en parler. On peut appeler ça de la procrastinationémotionnelle : remettre à plus tard ce qui nous coûte émotionnellement, jusqu'à ce que ça devienne trop lourd ou trop vieux pour être abordé.
Les émotions que l'on n'exprime pas ne meurent pas. Elles sont enterrées vivantes et reviennent nous hanter plus tard sous une autre apparence.
Sigmund Freud
- "T'as peut-être raison"
On appelle ce mécanisme psychologique : la dissonance cognitive. On dit quelque chose qu'on ne croit pas, pour réduire l'inconfort immédiat.
Le problème, cette dissonance ne disparaît pas, elle crée une tension intérieure, un sentiment d'avoir trahi quelque chose en soi.
La franchise ne consiste pas à dire ce qu'on pense, mais à penser ce qu'on dit.
Hypolite de Livry
Voici une vidéo publiée en 2023 par l'Inserm, qui explique ce qu'est la dissonance cognitive.
Alors, faut-il toujours tout dire et ne pas éviter le conflit ?
Non. Et c'est là toute la nuance.Éviter un conflit peut être une forme d'intelligence relationnelle. Choisir ses batailles, laisser passer une remarque sans importance, préserver la paix dans un moment de fatigue : ce sont des choix légitimes, adultes, sains.
Le problème survient quand l'évitement devient un réflexe systématique, quand on n'exprime plus jamais ce qu'on ressent.
Les émotions non exprimées ne s'éteignent pas. Elles cherchent une autre sortie et ça peut être : l'anxiété, la distance affective, l'irritabilité chronique, ou ce fameux jour où "ça déborde" pour une raison insignifiante.
Ce que ces phrases nous apprennent sur nous
Au fond, toutes ces petites phrases ont un point commun : elles protègent. Elles protègent l'autre, la relation, et surtout elles nous protègent nous, de l'inconfort de s'exprimer sincèrement.Ce n'est pas une faiblesse. C'est humain.
Savoir pourquoi on les dit, c'est déjà faire un pas vers quelque chose de plus vrai.
Il vaut mieux être blesse par la vérité que réconforté par un mensonge.
Khaled Hosseini
Sondage : et vous, laquelle de ces phrases utilisez-vous le plus souvent ?
Voici un petit sondage rapide. Répondez spontanément, et découvrez les réponses des internautes, en pourcentage.
- "C'est pas grave"
- "Laisse tomber"
- "C'est pas la peine d'en parler"
- "Peu importe" / "Comme tu veux"
- "On en reparle plus tard"
- "T'as peut-être raison"

Curieuse et dynamique, après 20 années dans le secteur du commerce, une reconversion professionnelle et une formation, je participe aujourd'hui à l'animation de ce site. J'aime le sport et partager ces moments avec mes enfants dans leurs activités sportives. J'apprécie cuisiner et je suis plutôt pour le fait maison . Je lis occasionnellement et je découvre actuellement le plaisir de jouer aux jeux de sociétés! Pour moi, chaque changement est... (lire la suite...)




