Fatigué de tout devoir choisir ? La science et la philosophie expliquent pourquoi

Christophe Hilmoine | publié le | 7 min de lecture
Fatigué de tout devoir choisir ? La science et la philosophie expliquent pourquoi
illustration Greg Reese from Pixabay
Chaque jour, nous décidons sans arrêt, parfois jusqu’à l’épuisement. Mais pourquoi choisir nous pèse-t-il autant ?
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C'est une question que je me suis posée récemment. Je suis passionné par beaucoup de choses : j'adore les jeux de société, le cinéma, la musique et la lecture par exemple. J'ai une ludothèque remplie de 130 jeux (et je connais des personnes qui en ont plus de 1000 !). Et quand je lance une soirée jeux en famille, chaque fois c'est la même histoire : on joue à quoi ? Et demain, on mange quoi, on se fait quelle série, j'entame quel livre.

Un enfer. Enfin, ça l'était avant, car depuis peu, je me concentre sur mon envie du moment et je ne pense plus à ce que je ne choisis pas. Vous savez, ce fameux "FOBO", la peur de ne pas faire le meilleur choix comme expliqué dans cet article.

Pourquoi choisir nous fatigue ?

Le problème, c'est que chaque jour, nous choisissons. Un plat, une série, un message à répondre, ou à ignorer. Ces décisions paraissent insignifiantes, mais elles s’accumulent. Et ce trop-plein d’options finit par épuiser notre esprit. Cela s'ajoute à notre charge mentale, déjà bien chargée par le travail et les enfants.

On parle de fatigue décisionnelle : plus nous devons décider, moins nous avons d’énergie mentale.

Un peu comme le dit Agnès Ledig à travers cette citation :

Nous sommes la somme de nos choix mais aussi de nos non-choix. Il faut assumer, et les regrets ne changent pas le passé. Par contre ils ternissent le présent.
Agnès Ledig

Autrement dit, ne pas choisir fatigue autant que choisir.

Autrefois, nos vies étaient largement encadrées par la famille, la tradition, le métier, la religion. Aujourd’hui, tout est à décider : nos études, notre carrière, nos loisirs, notre alimentation, notre façon de consommer, d’aimer, de vieillir.

C’est pour cela que nous préférons parfois que quelqu’un choisisse à notre place : une playlist, une recommandation, une formule “pré-sélectionnée”. C'est aussi pour cette raison que Youtube ou Netflix vous propose automatiquement la lecture suivante. Vous n'avez pas à décider. C'est aussi pourquoi il existe de plus en plus de services de box de repas : vous n'avez plus à choisir, les menus et les ingrédients sont là pour vous, proposés... imposés ?

Et si l'absence de liberté était une nouvelle forme de liberté ? (Non je ne parle pas de dictature voulue !)

Le paradoxe du choix

Le psychologue américain Barry Schwartz, auteur du best-seller Le Paradoxe du choix, a été l’un des premiers à l’expliquer clairement :

« Nous sommes aujourd’hui confrontés à une demande de prise de décisions qui est sans précédent dans l’histoire humaine. »

Plus la liberté grandit, plus la pression s’invite. Dans la société actuelle, nous vénérons la liberté individuelle... mais ce qui veut dire, dans les faits, multiplier les options. Et c'est contraire au bien-être.

Personnellement, quand je n'arrivais plus à choisir, je me sentais déprimé, comme si cela signifiait qu'au fond, je n'avais envie de rien.


Mais comme le dit Schwartz :

« S’accrocher avec ténacité à tous les choix qui s’offrent à nous contribue à de mauvaises décisions, à l’anxiété, au stress et à la dépression clinique. »

Le "trop de choix" devient une cage dorée. Nous passons plus de temps à comparer qu’à vivre.

Nos petites paralysies modernes

Face à la surabondance, on hésite.

On scrolle, on attend le “meilleur” film, la “meilleure” offre, le “meilleur” moment… et souvent, on ne fait rien. C'est le symptôme "FOBO".

Le philosophe Henri Bergson l’avait résumé d’une phrase :

Choisir, donc exclure.
Henri Bergson

Chaque choix ferme une porte. Et cela peut être angoissant.

Oliver Burkeman le formule magnifiquement :

En faisant des centaines de petits choix tout au long de la journée, je construis une vie, mais en même temps, je ferme la possibilité d'en avoir d'innombrables autres, pour toujours. (Le mot latin original pour décider, decidere, signifie couper, comme pour trancher des alternatives ; c'est un proche cousin de mots comme homicide et suicide). Toute vie finie, même la meilleure que l'on puisse imaginer, consiste donc à dire sans cesse adieu aux possibilités.
Oliver Burkeman

Décider, c’est renoncer. Et on le comprends bien mieux avec son rappel de l'origine du mot "decider" en latin !

Pas étonnant qu’on procrastine : choisir, c’est perdre.

Alors, choisir ou ne pas choisir ?

Allez, restons dans le latin ! En espérant ne pas vous perdre... En effet, le philosophe Sénèque, il y a deux mille ans, avait déjà trouvé la clé :
Être heureux, c'est apprendre à choisir. Non seulement les plaisirs appropriés, mais aussi sa voie, son métier, sa manière de vivre et d'aimer. Choisir ses loisirs, ses amis, les valeurs sur lesquelles fonder sa vie. Bien vivre, c'est apprendre à ne pas répondre à toutes les sollicitations, à hiérarchiser ses priorités.
Sénèque

Autrement dit, tout ne mérite pas notre attention.

Plus proche de nous, Barry Schwartz, encore lui, le dit autrement :

« Le choix de quand choisir est peut-être le choix le plus important que nous ayons à faire. »


Pour éviter de rester noyé dans le paradoxe du choix, il faut réapprendre à apprécier ce qui est choisi et à négliger ce qui n'est pas choisi. Ce n'est pas si grave, de ne pas tout faire, de ne pas tout voir. Et puis, tout simplement, c'est impossible !

Et Amélie Nothomb nous rappelle que l’inaction n’est jamais neutre :

Le seul mauvais choix est l'absence de choix.
Amélie Nothomb

Enfin, Paulo Coelho conclut :
Un homme doit choisir. En cela réside sa force : le pouvoir de ses décisions.
Paulo Coelho

À l’heure où tout est à portée de clic, la vraie liberté n’est plus de tout pouvoir faire, mais de savoir ce qu’on laisse de côté.
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Christophe Hilmoine

Je suis un passionné de culture, de littérature, de cinéma, d'art, d'environnement, de jeux de société,... oui, tout ça. J'adore m'étaler des heures sur ces sujets. J'écris moi-même un peu, de la poésie, et je peins à mes heures perdues. Je suis consultant web et rédacteur indépendant depuis plus de 20 ans, et j'ai la chance d'être en partenariat avec Ouest France pour éditer ce site que j'espère joli, moderne... (lire la suite...)

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