Jalousie : les pensées inavouables qu'on a tous eues

Emilie Deffains | publié le | 8 min de lecture
Jalousie : les pensées inavouables qu'on a tous eues
illustration Darya Sannikova
Il y a des pensées qu'on n'avoue à personne. Pas même à ses proches.
"J'espère que ça ne marche pas pour elle." Cette phrase traverse l'esprit en quelques secondes et on la chasse aussitôt, honteux. Et pourtant, elles reviennent. Rassurez-vous, cela ne fait pas de vous quelqu'un de mauvais. Ça fait de vous quelqu'un d'humain. La psychologie est formelle là-dessus, découvrez pourquoi.
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Ces pensées liées à la jalousie que l'on garde pour nous

La jalousie ne se limite pas aux regards de travers ou aux soupirs discrets. Elle vit d'abord dans la tête, sous forme de pensées furtives, cruelles, parfois très méchantes. Des pensées qu'on ne dit jamais à voix haute.

Des pensées intrusives, tout le monde en a !

Un article en Psychologie scientifique de 2011 sur le trouble obsessionnel-compulsif (TOC), explique que les pensées intrusives sont en réalité très fréquentes chez tout le monde, mais qu’elles deviennent problématiques quand la personne leur accorde trop d’importance et tente de les supprimer. Cette tentative de contrôle provoque un effet boule de neige : les pensées reviennent plus fortement et se transforment en obsessions.

Les compulsions, comportements et rituels pour tenter de contrôler ces mauvaises pensées, soulagent temporairement, mais entretiennent un cercle vicieux en renforçant le trouble.

Des chercheurs ont montré dès les années 1970 que 80 % des personnes interrogées admettaient avoir des pensées "pénibles ou inacceptables" et les études répétées depuis ont obtenu des taux encore plus élevés.

La honte est bien plus rare que la pensée elle-même.

Des pensées négatives envers les autres

La schadenfreude, "joie malsaine" ou "joie maligne", désigne le plaisir que l’on peut ressentir face au malheur des autres, une émotion assez courante mais souvent jugée moralement négative. Ce sentiment est souvent lié à :
  • la jalousie,
  • le sentiment que la personne "mérite" ce qui lui arrive,
  • ou un besoin de se comparer et se valoriser.

Cette émotion semble plus fréquente aujourd’hui, notamment à cause :
  • de la compétition sociale (travail, statut),
  • de la pandémie de COVID-19,
  • et surtout des réseaux sociaux, qui accentuent comparaisons et rivalités.

La schadenfreude est une émotion humaine courante, amplifiée par la société moderne, qui naît de la comparaison et de la jalousie. Elle peut renforcer les divisions sociales et nuire aux relations, mais on peut l'atténuer en cultivant l’empathie et en arrêtant de penser que les autres "méritent" leur malheur.

7 pensées jalouses qu'on a toutes et tous eues

1. "Pourquoi lui et pas moi ?"

C'est la plus classique. Une promotion, une réussite, une chance qui tombe sur quelqu'un d'autre et tout de suite c'est l'injustice.

Cela révèle un besoin profond de reconnaissance, pas satisfait. Vous n'en voulez pas à cette personne, vous en voulez à la vie. Vous attendez quelque chose d'important pour vous qui n'arrive pas.

Envier chez les autres ce qui nous manque est double chagrin.
Marius Saint-Arnault

2. "J'aurais fait mieux à sa place"

Vous regardez quelqu'un réussir et vous refaites mentalement sa trajectoire, en mieux. C'est humain.

Vous sentez en vous un talent ou une ambition, mais ils n'ont pas encore trouvé leur voie. Cette pensée est moins de la jalousie que de la frustration créative.

Les jaloux détruisent ce qu'ils sont incapables de créer.
Paul Guth

3. "Sa réussite me déprime"

Pas de colère ici. Juste une tristesse silencieuse, diffuse, presque inexplicable. Pourquoi la bonne nouvelle d'un ami vous plombe-t-elle la journée ?

Vous ressentez sans doute un écart entre ce que vous voulez être et où vous en êtes. La jalousie est souvent liée à l'estime de soi : les personnes ayant un attachement anxieux sont plus susceptibles de ressentir ce type de jalousie diffuse, car elles craignent de ne pas être à la hauteur.

Mon pied droit est jaloux de mon pied gauche. Quand l'un avance, l'autre veut le dépasser. Et moi, comme un imbécile, je marche !
Raymond Devos

4. "J'espère qu'il va se planter"

Voilà la pensée la plus inavouable. Celle qu'on chasse en deux secondes, rouge de honte. Souhaiter l'échec d'une autre personne même mentalement, même une fraction de seconde, ça ne se fait pas !

On l'a vu précédemment, ça s'appelle la Schadenfreude, ce plaisir discret pris au malheur d'autrui.

La philosophe française Laurence Devillairs en parle dans son livre "Guérir la vie par la philosophie" dans un chapitre sur la jalousie, envie et Schadenfreude. Elle décrit ce plaisir comme une "joie mauvaise", distincte de la jalousie pure. C'est le plaisir malsain ressenti face au malheur de celui qu'on envie.

Ce n'est pas un désir réel, c'est une issue émotionnelle. Une pensée ne devient dangereuse que si elle dirige nos actes. Ici, elle ne le fait pas.

Que de gens se consolent du malheur des autres par la joie de l'avoir prédit.
Diane de Beausacq

5. "Je ne supporte pas de la voir heureuse"

Pas jaloux de ce qu'elle a mais plutôt de ce qu'elle est : légère, épanouie, aimée. C'est une jalousie plus intime, souvent liée à des relations proches : une amie, une sœur, un collègue.

Plus qu'une véritable hostilité envers l'autre, c'est en vérité une fatigue de soi-même. Ce que vous ne supportez pas, c'est le contraste entre son éclat et votre propre sentiment d'être coincé.

La jalousie est un sentiment que l'amitié n'éteint pas toujours. Rien de si difficile à pardonner que le mérite.
Denis Diderot

6. "Je minimise ses succès pour me sentir mieux"

"C'est grâce à ses relations." - "Il a eu de la chance." - "C'était facile de toute façon."

Des petites phrases intérieures qui dévaluent ce que l'autre a accompli.

C'est un mécanisme de défense inconscient, classique en psychologie. On protège son estime de soi en rabaissant mentalement la valeur de ce qu'on ne peut pas avoir. C'est automatique, involontaire et presque universel.

7. "J'ai arrêté de la suivre sur les réseaux"

Pas par hostilité, par survie. Parce que chaque post vous coûtait quelque chose.

En réalité, c'est l'une des réactions les plus saines de cette liste. Les pensées intrusives deviennent problématiques quand elles interfèrent avec votre vie quotidienne. Les éviter ponctuellement, c'est parfois simplement prendre soin de soi.

Se déconnecter d'une source de comparaison douloureuse n'est pas de la lâcheté, c'est de la lucidité.

Avoir ces mauvaises pensées ne vous définit pas

Ce qui compte, ce n'est pas d'avoir ces pensées. C'est ce qu'on en fait.

Les psychologues distinguent clairement les pensées intrusives des intentions réelles. Une pensée peut être à l'exact opposé de vos valeurs et c'est précisément pour ça qu'elle vous choque quand elle surgit. La culpabilité que vous ressentez en est la preuve.

La jalousie, bien accueillie, peut même devenir utile. Elle vous dit ce que vous voulez vraiment, ce qui vous manque et surtout ce qui mérite votre attention.

Le problème n'est pas la pensée. Le problème, c'est quand on la laisse germer en silence, sans jamais la regarder en face.
Alors la prochaine fois qu'une pensée comme ça traverse votre esprit, ne la chassez pas aussitôt. Demandez-vous juste : qu'est-ce qu'elle essaie de me dire ?

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Emilie Deffains

Curieuse et dynamique, après 20 années dans le secteur du commerce, une reconversion professionnelle et une formation, je participe aujourd'hui à l'animation de ce site. J'aime le sport et partager ces moments avec mes enfants dans leurs activités sportives. J'apprécie cuisiner et je suis plutôt pour le fait maison . Je lis occasionnellement et je découvre actuellement le plaisir de jouer aux jeux de sociétés! Pour moi, chaque changement est... (lire la suite...)

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